Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Nom de la revue

Personnes âgées et vulnérabilités
La vulnérabilité physique perçue par les personnes âgées, une comparaison européenne
Mélanie Lepori
Résumé | Mots-clés | Sommaire | Texte | Auteur | Annexes | Notes | Bibliographie | Références
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RÉSUMÉ

Cet article traite de la question de la vulnérabilité physique perçue par les personnes âgées de 60 ans ou plus résidant dans quinze pays européens. L’intensité de la vulnérabilité y est appréhendée selon les caractéristiques démographiques des individus, leurs conditions d’habitat, leurs niveaux de vie et leurs réseaux sociaux. Si les personnes appartenant aux groupes d’âge les plus avancés se déclarent plus fortement vulnérables, certains résultats (comme le sexe, la durée des études et le niveau de revenu ou encore le statut d’occupation vis-à-vis de l’activité professionnelle) sont largement observés dans plusieurs pays, et pour d’autres (comme le type de logement ou de zone d’habitation et la taille du réseau social), les différences entre les pays sont trop marquées pour établir un modèle de compréhension des disparités.

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Mots-clés : vulnérabilité physique ; vulnérabilité perçue ; personnes âgées
Index géographique : Europe
Index historique : xxie siècle
SOMMAIRE

I. Une définition nécessairement multidimensionnelle
II. Une vulnérabilité physique jugée globalement faible
III. Étude des facteurs de vulnérabilité
1) L’âge et le sexe
2) Les conditions d’habitat
3) La situation socio-économique
4) Le réseau social
IV. Mobilité et réalisation des activités quotidiennes, composantes principales de la vulnérabilité physique
V. Conclusion

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Alors que l’idée d’une vulnérabilité inhérente au processus de vieillissement biologique individuel semble faire sens commun, un décalage entre l’intensité du phénomène et la perception qu’ont les personnes âgées de leur propre situation existe comme le souligne notre thèse [1] révélant un faible enclin pour l’aménagement du domicile des personnes âgées alors que ce type de procédé peut être utilisé pour palier de potentielles déficiences physiques.

À travers une comparaison de situations entre pays européens, cet article a pour objectif d’estimer l’intensité de la vulnérabilité physique telle qu’elle est perçue par les personnes âgées de 60 ans ou plus. Plusieurs questionnements peuvent ainsi être émis : dans quelle mesure les personnes âgées se pensent-elles vulnérables ? Lorsqu’une vulnérabilité est déclarée, quelle caractéristique y est jugée la plus importante ?

Afin d’apporter des éléments de réponse, une définition de la vulnérabilité physique et de sa mesure est d’abord présentée. Ensuite, l’importance et la composition de cette vulnérabilité physique sont estimées à travers différentes caractéristiques individuelles telles que le sexe, l’âge, le logement, le niveau de vie et l’entourage, en vérifiant dans quelle mesure les résultats d’études existant sur le sujet peuvent être ou non confirmés dans une approche européenne.

I. Une définition nécessairement multidimensionnelle

La vulnérabilité comme conséquence inéluctable du vieillissement individuel paraît régulièrement associée à la détérioration de l’état de santé et des conditions physiques des personnes âgées et surtout très âgées (Buisson, 2011 ; Bourdelais, 1994 ; Caradec, 2011 ; Grundy, 2006 ; Thomas, 2008). Cependant, la définition de la vulnérabilité des personnes âgées ne saurait être orientée uniquement sur les aspects physiques. En effet, les contours de la définition du phénomène demeurent mouvants et se redessinent selon le domaine, la population et l’époque dans lesquels la notion est mobilisée (Thomas, 2008). Même lorsqu’elle s’applique spécifiquement à la population âgée – pour laquelle la littérature référant à cette notion reste encore limitée –, la définition de la vulnérabilité peut varier selon l’entrée choisie ou les acteurs en charge de l’élaborer (Schröder-Butterfill, Marianti, 2006). Dès lors, en parallèle des causes biologiques, les conditions de vie de la population âgée semblent également devoir être interrogées et la variété des facteurs explicatifs considérés dépend de la définition de la vulnérabilité retenue. Ainsi, lorsque cette dernière fait référence à un état individuel ne permettant plus de faire face aux difficultés rencontrées, plusieurs capacités individuelles peuvent être défaillantes et ce, qu’elles soient physiques, psychiques, financières ou encore relatives aux relations sociales.

L’appréhension de la vulnérabilité nécessite donc de s’interroger sur ses caractéristiques et le potentiel cumul de facteurs qui l’engendrent (Monod, Sautebin, 2009 ; Schröder-Butterfill, Marianti, 2006). À ce titre, l’exemple de la surmortalité liée à la canicule de 2003 en France paraît particulièrement pertinent. En effet, la vulnérabilité à la chaleur des personnes âgées ne saurait s’expliquer par la seule vulnérabilité physique : les vulnérabilités sociale (isolement potentiel, place de cette population dans la société) et environnementale (conditions de logement contribuant plus ou moins à l’exposition à la chaleur, par exemple) ne peuvent être éludées (Bungener, 2004). Les causes ne sont ainsi plus seulement individuelles mais recoupent également l’influence des contextes institutionnels et politiques.

Dans cet article, à l’instar des auteurs établissant la vulnérabilité comme l’exposition à un risque en raison de conditions de vie particulières (Grundy, 2006 ; Delors et al., 2000), nous en retiendrons comme définition l’ensemble des conditions de vie exposant les personnes âgées aux risques – généralement avancés – de la vieillesse (isolement social, repli sur soi, perte d’autonomie, accidents voire décès, etc.). Toutefois, parmi l’ensemble des aspects présentés précédemment, cet article se concentrera essentiellement sur la dimension physique de la vulnérabilité afin de s’interroger sur son caractère inhérent à l’avancée en âge. En effet, il apparaît que les préoccupations politiques actuelles se focalisent en grande partie sur les incapacités physiques des personnes âgées (Clément et al., 2007 ; Deindl et al., 2013).

Par ailleurs, concevoir les difficultés physiques rencontrées par la population âgée comme des facteurs de risques implique donc de ne pas établir de lien systématique entre la présence de ces difficultés et leurs conséquences. En effet, le lien entre facteurs de risque et apparition d’accidents n’est pas aussi évident. Par exemple, les trois événements (détérioration de la santé, décès d’un proche, entrée en institution) étudiés par Cavalli et al. (2002), ne sont pas nécessairement synonymes d’exclusion sociale et peuvent, au contraire, conduire à une mobilisation accrue de l’entourage. De même, les situations dites de « fragilité » conduisent régulièrement à la mise en place par les individus âgés de stratégies de contournement (Cambois et al., 2004 ; Freund et al., 1998) pouvant permettre d’éviter ces « accidents » (isolement social, repli sur soi, perte d’autonomie, chutes, etc.). En ce sens, il convient de ne pas les appréhender comme des handicaps d’ores et déjà établis mais bien comme des facteurs de vulnérabilité.

Ce travail repose sur les données de la quatrième vague de l’enquête Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe (SHARE) réalisée fin 2011 dans quinze pays européens et dont le but est d’interroger les conditions de vie de la population âgée de 50 ans ou plus (encadré 1). Ici, 29 877 individus âgés de 60 ans ou plus – limite d’âge fréquemment prise en considération par les politiques de vieillesse en France – vivant à domicile constituent la population étudiée. À l’instar des échelles employées pour le phénomène de la solitude – et notamment réalisées à l’échelle européenne grâce aux données de l’enquête SHARE (Shiovitz-Ezra, 2013) – une échelle de vulnérabilité physique est ici proposée (encadré 2). Afin de comparer les différentes situations nationales, l’ensemble des facteurs sur le fait de déclarer ou non une vulnérabilité physique et son niveau seront testés dans trois analyses statistiques par régressions logistiques. La première permettra, tous pays confondus, de dégager les spécificités des individus ayant déclaré au moins une vulnérabilité physique tandis que la seconde fera de même dans chacun des pays. Ce type de comparaison permet, en effet, de mettre en lumière des comportements potentiellement différents (Ankri, 2007). Enfin, la troisième régression permettra de repérer les caractéristiques des individus ayant déclaré une vulnérabilité physique moyenne ou importante. Pour faciliter la comparaison européenne, quatre groupes de pays ont été constitués en fonction de leur situation géographique. Le premier regroupe les pays d’Europe dite « occidentale » (Autriche, Allemagne, France, Suisse et Belgique), le deuxième ceux d’Europe du Nord (Pays-Bas, Danemark et Suède), le troisième ceux d’Europe du Sud (Espagne, Portugal et Italie) et enfin, le dernier, ceux d’Europe de l’Est (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovénie). Cette classification n’est cependant pas la seule envisageable et ne doit pas occulter les différences au sein même des pays ou des groupes de pays.

II. Une vulnérabilité physique jugée globalement faible

De manière générale, l’intensité de la vulnérabilité physique telle que perçue par les personnes de 60 ans ou plus reste très faible puisque le score moyen est égal à 3,7 sur une échelle de 3 à 9 (écart-type de 1,4) et les disparités entre pays restent restreintes (Figure 1). Ainsi, les pays présentant les scores moyens les plus faibles (Suède, Suisse et Danemark) conservent des scores de vulnérabilité relativement proches de ceux où les personnes âgées se disent les plus vulnérables (Hongrie, Portugal et Espagne).

Une première distinction par zone géographique apparaît : les pays d’Europe du Nord et occidentale présentent les scores de vulnérabilité les plus faibles tandis que dans les pays d’Europe de l’Est et du Sud, la perception de la vulnérabilité physique est relativement plus importante. Par ailleurs, à l’exception de la situation hongroise, les scores des deux dernières zones géographiques restent très proches (entre 3,8 et 4), alors que ceux des deux premières zones se situent dans un intervalle un peu plus large (entre 3,3 et 3,8).

Figure 1. Répartition des pays en fonction du score moyen de vulnérabilité des 60 ans ou plus en 2011
Lecture : dans le groupe Europe occidentale, la Suisse a un score moyen de vulnérabilité physique perçue de 3,4 tandis que celui de la Belgique est de 3,7
Légende : AT = Autriche, DE = Allemagne, FR = France, CH = Suisse, BE = Belgique, SW = Suède, NL = Pays-Bas, DN = Danemark, SP = Espagne, IT = Italie, PT = Portugal, CZ = République tchèque, PL = Pologne, HU = Hongrie et SL = Slovénie
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes.
Source : enquête SHARE, vague 4

 Ces tendances globales masquent toutefois les effets discriminants comme les caractéristiques démographiques, les conditions d’habitat, les niveaux de vie ainsi que la taille du réseau social.

Chercher à évaluer le caractère inhérent de la vulnérabilité au vieillissement individuel nécessite également de prendre en considération les caractéristiques individuelles et leurs potentiels effets, examinés dans la partie suivante.

III. Étude des facteurs de vulnérabilité

1) L’âge et le sexe

Les femmes et les personnes les plus âgées sont généralement décrites comme plus fréquemment et fortement soumises aux diverses formes d’incapacités physiques (Cambois et al., 2004). Ici, l’âge est considéré de manière absolue et non via le positionnement individuel vis-à-vis de l’espérance de vie, afin de séparer les effets liés au vieillissement comme l’impact des conditions de vie, le sexe ou encore des dispositifs médicaux et sociaux en œuvre dans les pays considérés.

Dans un premier temps, les hypothèses relatives au sexe et à l’âge semblent se confirmer (Figures 2 et Tableau 1) : le fait d’être une femme augmente les scores moyens de vulnérabilité physique dans tous les pays. Néanmoins, l’effet du sexe au sein de chacun des territoires nationaux n’est pas similaire laissant alors apparaître deux types de situations : « toutes choses égales par ailleurs », l’absence de différences marquées entre les deux sous-populations féminine et masculine (Allemagne, Hongrie et Slovénie) et, dans les autres pays, une vulnérabilité plus importante chez les femmes (Tableau 1). De manière similaire, les 70-79 ans puis les 80 ans ou plus se déclarent plus intensément vulnérables que leurs cadets, sauf en Suède où une absence d’évolution significative du phénomène entre les 60-69 ans et les 70-79 ans est relevée. Plus que l’avancée en âge, c’est l’entrée dans les âges les plus élevés qui paraît partout avoir l’effet le plus important.

Figures 2. Score moyen de vulnérabilité physique perçue  en fonction du pays de résidence et des caractéristiques  démographiques des 60 ans ou plus en 2011
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4

Alors que les 80 ans ou plus sont également plus souvent modérément ou fortement vulnérables que les 60-69 ans, les différences ne sont pas marquées entre les 70-79 ans et ces derniers (Tableau 2).

2) Les conditions d’habitat

En outre, les conditions d’habitat peuvent avoir des effets sur la vulnérabilité comme la présence ou non d’aménagements du logement conçus pour les personnes ayant des difficultés physiques ou des problèmes de santé (comme des portes plus larges ou automatisées, des systèmes d’alerte, des translateurs pour escalier). Le choix de cette variable permet ainsi de vérifier deux effets opposés. D’un côté, ces dispositifs pourraient avoir un effet positif en raison de leur fonction palliative aux difficultés physiques : ils pourraient ainsi conduire à accroître l’autonomie des habitants du logement et diminuer leur sentiment d’insécurité pour se mouvoir et leur ressenti vis-à-vis de leur vulnérabilité (Morestin et al., 2011). À l’inverse, ces travaux pourraient également être le fait d’une part de la population se considérant déjà comme vulnérable et qui cherche à contourner cette dernière.

Le fait d’avoir ou non aménagé son logement paraît avoir un effet identique dans tous les pays européens malgré une intensité différente de la perception de la vulnérabilité (Figures 3). L’hypothèse selon laquelle l’aménagement du logement pourrait pallier des incapacités physiques, permettant ainsi de diminuer le sentiment de vulnérabilité, paraît invalidée. Les aménagements semblent plutôt se produire une fois les difficultés physiques réellement installées et ne pas parvenir à réduire le sentiment perçu de vulnérabilité. « Toutes choses égales par ailleurs », les individus n’ayant pas aménagé leur logement déclarent moins souvent une vulnérabilité et lorsqu’ils en déclarent, celles-ci sont moins élevées (Tableaux 1 et 2). L’effet de l’aménagement du logement semble toutefois plus ou moins marqué en fonction des différents territoires. Les disparités par pays sont perceptibles : les Allemands, Italiens, Polonais, Hongrois et Slovènes sont ceux pour lesquels le fait de ne pas avoir aménagé son logement conduit à la plus faible probabilité de se déclarer vulnérable (Annexe 1).

Dans une même approche, partant de l’hypothèse que plus le logement sera adapté aux besoins et aux difficultés éprouvés, moins les incapacités physiques seront perçues comme telles, le type de logement et de zone d’habitation pouvant influencer le ressenti de la vulnérabilité. Vivre dans un logement de type appartement ou résider dans une zone urbaine permettant l’accès à une offre plus importante de services pourrait avoir un effet positif sur la vulnérabilité physique ressentie du fait de l’environnement. Pour cela, le type de logement habité est étudié avec, d’un côté, le fait de vivre en « maison » individuelle (maisons mitoyennes et fermes comprises) et, d’un autre côté, le fait de vivre en appartement. La zone d’habitation est considérée selon trois modalités : les grandes villes et leurs banlieues, les villes de taille moyenne ou petite ainsi que les villages et zones rurales.

Trois groupes de pays se distinguent (Figures 3) : ceux où les habitants vivent en maison et déclarent une vulnérabilité plus faible (Allemagne, Suisse, Suède, Pays-Bas, Danemark et Portugal), ceux dont la vulnérabilité perçue est plus importante (Belgique, Espagne, Pologne, Hongrie et Slovénie) et enfin ceux dont le type de logement ne semble finalement pas avoir d’effet significatif.

« Toutes choses égales par ailleurs », le type de logement semble avoir peu d’incidence sur le fait de se déclarer ou non vulnérable (Tableau 1) et sur l’intensité de la vulnérabilité (Tableau 2). Les personnes vivant en appartement déclarent une vulnérabilité plus faible en Autriche, France, Belgique, Hongrie, au Portugal et en Slovénie et plus forte en Allemagne, Suède, Italie, au Danemark et en République tchèque. Dans les quatre pays restants, le type de logement paraît avoir peu d’influence. Les différences observées entre pays soulignent l’absence d’effet systématique entre le type de logement et la perception de la vulnérabilité physique et interroge sur les effets d’autres facteurs (Annexe 1).

De la même manière, l’effet de la zone d’habitation et l’hypothèse d’une moindre vulnérabilité perçue dans les zones urbaines (où les services sont plus accessibles) sont difficiles à valider en raison des disparités nationales observées (Figures 3). « Toutes choses égales par ailleurs », la zone d’habitation a peu d’effet sur le fait de se déclarer vulnérable (Tableau 1) mais les habitants de zones rurales semblent toutefois se sentir plus souvent modérément ou fortement vulnérables que ceux résidant dans des grandes villes ou leurs banlieues (Tableau 2). Au contraire, ceux résidant dans des villes de petite ou moyenne taille se déclarent moins souvent fortement ou moyennement vulnérables que ceux vivant dans de grandes villes.

Le fait de se déclarer vulnérable est variable en fonction des pays (Annexe 1) : la zone d’habitation a peu d’effet en Autriche et Italie. En République tchèque, Belgique et Hongrie, le fait de résider dans des villes moyennes ou petites a peu d’effet sur le sentiment de la vulnérabilité alors que le fait de résider en zones rurales conduit au contraire à se sentir plus fréquemment vulnérable. Le Portugal, quant à lui, se distingue par une moindre importance de la vulnérabilité dans les zones rurales au contraire des villes moyennes ou petites. Enfin, deux groupes de pays se distinguent : d’un côté, une moindre fréquence de la vulnérabilité physique à la fois pour les habitants de zones rurales et de villes moyennes ou petites (Allemagne, Suède, Pologne, Slovénie) et de l’autre, une plus forte importance de la vulnérabilité dans les villes moyennes ou petites (Espagne, France, Danemark, Suisse).

Figures 3. Score moyen de vulnérabilité physique perçue en fonction du pays de résidence et des caractéristiques d’habitat des 60 ans ou plus en 2011
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4

3) La situation socio-économique

Les conditions de vie socio-économiques sont reconnues comme influençant les difficultés physiques rencontrées : les personnes ayant les conditions matérielles les plus favorables rencontrent généralement moins précocement et fortement ces difficultés (Mormiche et al., 2003). Afin de vérifier ce résultat, le statut d’occupation est utilisé pour tester l’hypothèse selon laquelle les propriétaires auraient des conditions matérielles plus favorables que les non-propriétaires (locataires, sous-locataires, personnes logées gratuitement).

Dans tous les pays – à l’exception de l’Espagne – la vulnérabilité physique perçue est moins déclarée chez les propriétaires et ce, particulièrement au Portugal (Figure 5). « Toute chose égale par ailleurs », les non propriétaires sont également plus fréquemment vulnérables (Tableau 1) mais des disparités apparaissent entre pays : en Espagne et en République tchèque, ils semblent, au contraire, moins souvent vulnérables que les propriétaires et l’effet du statut d’occupation a peu d’importance en Italie et en Pologne (Annexe 1). 

De la même manière, le nombre de pièces du logement est considéré comme un indicateur de niveau de vie : une taille de logement importante pouvant refléter des conditions socio-économiques plus satisfaisantes.

La taille du logement a un effet similaire dans l’ensemble des pays : plus la taille du logement est petite, plus la vulnérabilité physique est perçue fortement. Ceci s’avère particulièrement prégnant pour l’Autriche, l’Allemagne, la Suède, l’Italie et la Hongrie avec des différences marquées selon la taille de logement. À l’inverse, dans certains pays, les disparités sont peu marquées entre certaines tailles de logement comme en France ou au Portugal où la vulnérabilité physique perçue est similaire chez les habitants de logements de 1-2 pièces et de 3-4 pièces (Figure 4). 

Les régressions logistiques permettent de mettre en évidence une plus faible propension à déclarer une vulnérabilité chez les personnes vivant dans de grands logements (Tableau 1), les habitants de petits logements déclarant plus fréquemment une vulnérabilité moyenne ou importante (Tableau 2). Le fait de déclarer une vulnérabilité apparaît moins fréquent pour les habitants de grands logements (au moins trois pièces) dans un plus grand nombre de pays et concerne les Autrichiens, Espagnols, Italiens, Danois, Suisses, Polonais, Hongrois, Portugais et Slovènes. Trois autres cas de figure apparaissent : une absence d’effet du fait de vivre dans un logement de 3-4 pièces associée à une moindre fréquence de la déclaration de la vulnérabilité pour les habitants des plus grands logements (Suède, Pays-Bas) ; une plus fréquente déclaration de vulnérabilité pour les habitants de logements d’au moins trois pièces (France, Belgique) et enfin, une plus faible propension à déclarer une vulnérabilité pour les habitants de logements de 3-4 pièces associée à une plus forte propension pour les habitants de logements de cinq pièces ou plus (Allemagne) (Annexe 1).

Enfin, le niveau de vie est étudié en fonction du nombre d’années d’études à temps plein déclaré par les personnes de 60 ans ou plus et leurs perceptions de leurs conditions financières (des fins de mois perçues comme faciles ou assez faciles versus des fins de mois perçues comme présentant quelques ou de grandes difficultés).

Les résultats confirment les hypothèses relatives aux niveaux de vie (Figures 4). Ainsi, les personnes déclarant un nombre moyen d’années d’études plus faible ont tendance à se déclarer plus vulnérables. Les différences entre les deux sous-populations sont alors les plus importantes en Hongrie et Slovénie tandis qu’elles restent les plus faibles en Suisse et au Danemark. Les régressions semblent alors confirmer ces résultats : les individus ayant fait le moins d’études sont également ceux qui se déclarent le plus fréquemment vulnérables (Tableau 1) et ce, quel que soit le pays considéré à l’exception de la Suède où le niveau d’études n’a que peu d’effets (Annexe 1). Par ailleurs, l’influence du niveau d’études est accentuée lorsqu’il s’agit de la vulnérabilité physique modérée ou importante (Tableau 2).

Les mêmes observations peuvent être établies concernant les conditions financières avec une vulnérabilité plus faible pour ceux déclarant une certaine aisance financière. Cette fois, les différences les plus importantes entre les deux sous-populations peuvent être notées en Italie et Espagne. Une nouvelle fois, ces observations sont corroborées par les régressions logistiques et ce, particulièrement pour la vulnérabilité moyenne ou importante (Tableaux 1 et 2). Toutefois, au Danemark, les individus avec les niveaux de vie les moins importants déclarent également moins fréquemment une vulnérabilité (Annexe 1).

Figures 4. Score moyen de vulnérabilité physique perçue en fonction du pays de résidence et des caractéristiques relatives au niveau de vie des 60 ans et plus en 2011
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4

4) Le réseau social

Le réseau social peut avoir un effet positif sur les difficultés physiques : plus les individus sont entourés, moins ils risquent de les ressentir (Andrew, 2005). L’entourage est capté, dans l’étude par les personnes identifiées comme des « confidents » (familiaux ou non) et considérées comme proches [2] de la personne.

La taille du réseau social a une influence différente selon le pays, infirmant ainsi notre hypothèse (Figure 5). En Autriche, Allemagne, Suisse, République tchèque et Hongrie, le nombre de confidents ne semble pas avoir d’influence sur la perception de la vulnérabilité. En France et au Portugal, au contraire, le fait d’avoir au moins deux confidents fait diminuer la perception de la vulnérabilité tout comme aux Pays-Bas et en Pologne où, toutefois, le fait d’avoir quatre confidents ou plus ne conduit pas à une perception différente comparativement à ceux en ayant deux ou trois. De manière similaire, en Belgique, Espagne et Italie, la vulnérabilité physique est moins fréquente à partir de quatre confidents. Les cas suédois, danois et slovène se présentent alors comme particuliers. Dans le premier pays, les individus déclarant deux ou trois confidents ne semblent pas moins vulnérables que ceux n’en ayant pas ou un seul. Également, la Suède est le seul pays où ceux ayant le plus grand réseau social sont aussi les plus vulnérables. Au Danemark, la différence entre ceux qui n’ont pas ou peu de réseau social et ceux qui ont deux ou trois confidents est similaire à celle observée en Suède mais les personnes ayant le plus grand réseau social ont, par contre, la plus faible vulnérabilité. Enfin, en Slovénie, les plus vulnérables sont ceux qui ont trois ou quatre confidents tandis que ceux qui ont le réseau le plus large sont les moins vulnérables.

Les régressions logistiques ne confirment alors que partiellement ces résultats. Globalement, les individus avec le réseau social le moins important sont également ceux qui se déclarent plus fréquemment vulnérables (Tableau 1) et avoir une vulnérabilité modérée ou importante (Tableau 2). De la même manière, les situations nationales les plus répandues vont en ce sens. En Suède, Suisse, République tchèque et Pologne, ce sont les individus dont les réseaux sociaux sont les moins importants qui déclarent le plus souvent une vulnérabilité. Le cas slovène se présente à nouveau comme particulier avec une plus forte propension à la vulnérabilité chez les individus ayant trois ou quatre confidents (Annexe 1).

Figure 5. Score moyen de vulnérabilité physique perçue en fonction du pays de résidence et du nombre de confidents des 60 ans ou plus en 2011
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4
Tableau 1. Facteurs influençant la probabilité de ressentir une vulnérabilité (faible, modérée ou importante) versus une absence de vulnérabilité (odds ratio du modèle logit)
Variables Présence de vulnérabilité
Sexe
Femme 1,41***
Homme Réf.
Âge
60-69 ans Réf.
70-79 ans 1,81***
80 ans ou plus 6,87***
Logement
Rural 1,03***
Villes moyennes et petites 0,96***
Grandes villes ou banlieues Réf.
Appartement 1,04***
Maison Réf.
Pas d’aménagement du logement 0,56***
Aménagement du logement Réf.
Conditions de vie
Non propriétaire 1,19***
Propriétaire Réf.
1-2 pièces Réf.
3-4 pièces 0,75***
5 pièces ou plus 0,68***
Fins de mois très ou un peu difficiles 1,99***
Fins de mois assez ou faciles Réf.
Moins de 10 ans d’études 1,22***
Plus de 10 ans d’études Réf.
Entourage
Aucun ou un confident 1,26***
2 ou 3 confidents 1,27***
4 confidents ou plus Réf.
Lecture : les personnes âgées de 80 ans et plus ont plus de 6 fois plus de risque de ressentir une vulnérabilité quelle que soit son intensité par rapport aux personnes âgées de 60 à 69 ans
Légende : * = 10 %, ** = 5 %, *** = 1 % ; Réf. = modalité de référence
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE vague 4
Tableau 2. Facteurs influençant la probabilité de ressentir une vulnérabilité modérée ou importante versus une absence de vulnérabilité ou une vulnérabilité faible (odds ratio du modèle logit)
Variables Vulnérabilité modérée à importante
Sexe
Femme 0,74***
Homme Réf.
Âge
60-69 ans Réf.
70-79 ans 0,99***
80 ans ou plus 5,36***
Logement
Rural 1,16***
Villes moyennes et petites 0,80***
Grandes villes ou banlieues Réf.
Appartement 0,92***
Maison Réf.
Pas d’aménagement du logement 1,21***
Aménagement du logement Réf.
Conditions de vie
Non propriétaire 1,02***
Propriétaire Réf.
1-2 pièces Réf.
3-4 pièces 1,13***
5 pièces ou plus 0,65***
Fins de mois très ou un peu difficiles 2,29***
Fins de mois assez ou faciles Réf.
Moins de 10 ans d’études 2,85***
Plus de 10 ans d’études Réf.
Entourage
Aucun ou un confident 1,95***
2 ou 3 confidents 1,25***
4 confidents ou plus Réf.
Lecture : les personnes âgées de 80 ans et plus ont plus de 5 fois plus de risque de ressentir une vulnérabilité quelle que soit son intensité par rapport aux personnes âgées entre 60 et 69 ans.
Légende : * = 10%, ** = 5%, *** = 1% ; Réf. = modalité de référence
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de « selfcare » et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE vague 4

IV. Mobilité et réalisation des activités quotidiennes, composantes principales de la vulnérabilité physique

L’étude de la vulnérabilité physique dans son ensemble ne permet pas de rendre compte de la manière dont les personnes de 60 ans ou plus perçoivent chacune de ses composantes. En effet, un même score de vulnérabilité peut résulter d’une intensité différente de ses trois composantes principales.

Celle présentant la moyenne la plus importante – et donc l’influence la plus forte de la vulnérabilité physique – est observable pour les incapacités liées à la marche (Moyenne (M) = 1,33 ; Écart-type (StD) = 0,49). Comme pour la vulnérabilité physique dans son ensemble, des disparités entre les pays – bien qu’encore une fois restreintes – sont visibles mais selon une hiérarchie partiellement modifiée par rapport à l’échelle globale de vulnérabilité (Figures 6). Ainsi, les moyennes de ressenti d’incapacités liées à la mobilité restent faibles en Suède, au Danemark et en Suisse. À l’inverse, ce sont cette fois dans les populations hongroises, tchèques et slovènes que les problèmes de mobilité sont en moyenne les plus élevés. Le score moyen global observé pour les incapacités en lien avec la réalisation des activités quotidiennes (autres que toilette et habillage) est, par ailleurs, relativement proche de celui lié aux difficultés de marche (M = 1,27 ; StD = 0,51). À nouveau, la Suède se distingue par le score moyen le plus faible (M = 1,09 ; StD = 0,31) tandis que la Hongrie présente celui le plus élevé (M = 1,49 ; StD = 0,62). Enfin, les incapacités dans le domaine du selfcare sont celles qui sont les moins intensément notées par les 60 ans ou plus (M = 1,14 ; StD = 0,4). Pour cette composante, les disparités entre les pays sont encore plus restreintes que pour les deux premières ce qui nécessiterait une analyse plus fine pour en comprendre les raisons. Ainsi, la moitié des pays présente un score moyen indiquant une absence de difficultés (Allemagne, France, Suisse, Suède, Pays-Bas, Danemark et République tchèque) et aucun pays n’affiche de score supérieur à 1,3.

Figures 6. Répartition des pays en fonction du score moyen de difficulté par composante de la vulnérabilité physique des 60 ans ou plus en 2011
Lecture : dans le groupe Europe occidentale, la Suisse a un score moyen de difficultés de marche de 1,2 tandis que celui de la Belgique est de 1,3
Légende : AT = Autriche, DE = Allemagne, FR = France, CH = Suisse, BE = Belgique, SW = Suède, NL = Pays-Bas, DN = Danemark, SP = Espagne, IT = Italie, PT = Portugal, CZ = République tchèque, PL = Pologne, HU = Hongrie et SL = Slovénie
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4

À l’échelle agrégée, quelle que soit la variable, les personnes âgées de 60 ans ou plus déclarent moins souvent de difficultés vis-à-vis du selfcare au contraire de celles liées à la marche. Par ailleurs, des tendances observées précédemment apparaissent à nouveau : les femmes se disent plus en difficulté et ce, quelle que soit la composante de vulnérabilité considérée. La même observation peut être faite concernant l’âge : les 70-79 ans – et surtout les 80 ans ou plus – déclarant pour toutes les composantes avoir plus de difficultés que leurs cadets.

Des constats similaires peuvent être émis concernant les conditions de vie avec une situation plus favorable chez les propriétaires concernant la marche et la réalisation des activités quotidiennes (les déclarations concernant le selfcare sont similaires pour les deux sous-populations) et plus la taille du logement est importante, plus la déclaration de chaque composante de la vulnérabilité est faible. Également, les personnes ayant une certaine aisance financière, tout comme celles ayant un parcours d’instruction plus long, se disent moins gênées pour chacune des composantes étudiées.

Par ailleurs, les personnes ayant aménagé leur logement ont plus de difficultés dans chaque domaine (toilette, habillage, autres activités de la vie quotidienne et mobilité) tandis que les différences observées entre les habitants de maison et ceux de différentes zones d’habitations restent relativement faibles.

Enfin, pour chaque composante, les disparités entre individus ayant peu ou beaucoup de confidents restent également relativement restreintes.

V. Conclusion

La vulnérabilité physique perçue par la population âgée de 60 ans et plus est évaluée de faible intensité et semble fortement liée aux caractéristiques individuelles. Ceci semble donc aller à l’encontre de la vision institutionnelle de l’état physique de la population âgée (voir supra). Si les plus âgés sont également ceux qui se perçoivent les plus fortement vulnérables, les résultats présentés dans cet article ne peuvent cependant certifier du caractère inéluctable de la vulnérabilité avec l’avancée en âge. Malgré la hausse de son intensité, l’appréciation de la vulnérabilité physique demeure relativement faible même pour les individus les plus âgés. Par ailleurs, les données utilisées ne permettent pas de distinguer un potentiel effet d’âge d’un effet de génération bien que le premier puisse être, sans grand risque, avancé. Les variations constatées entre les différentes caractéristiques individuelles nous amènent également à envisager leur interrelation dans le processus d’apparition de la vulnérabilité – voire dans son évolution. Les différences entre les pays conduisent aussi à s’interroger sur les causes culturelles, institutionnelles ou politiques conduisant à ces constats. Enfin, ce sont essentiellement les difficultés liées à la marche qui sont mises en évidence par les déclarations des personnes âgées. Dès lors, la perte d’autonomie et la dépendance semblent, à travers cette analyse, relativement limitées parmi les personnes vivant à leur domicile interrogées dans les différents pays européens.

Encadré 1. L’enquête SHARE

Présentation de l’enquête

Lancée en 2002 et menée tous les deux ans depuis 2004, l’enquête SHARE devrait être conduite jusqu’en 2024 en s’intéressant particulièrement aux questions relatives à la santé, aux conditions de vie socio-économiques ainsi qu’aux relations sociales des européens de 50 ans ou plus. Le but de l’enquête est ainsi de constituer un panel de personnes âgées à l’échelle européenne et de constituer une source de données de grande ampleur.

Aujourd’hui constituée de cinq vagues d’enquêtes, SHARE se base sur quatre types de collecte d’informations : des interviews en face-à-face, des tests physiques et cognitifs, un questionnaire auto-administré ainsi qu’un entretien de fin de vie avec un proche du répondant en cas de décès. Elle permet une exploitation longitudinale des données via un suivi de l’échantillon et présente plusieurs particularités et intérêts : le fait qu’elle soit menée et utilisée avec une visée pluridisciplinaire, une harmonisation des données ex ante ainsi que la conduite d’une troisième vague entièrement rétrospective portant sur l’ensemble des grands questionnements de SHARE (Barangé et al., 2008 ; Blanchet, Dourgnon, 2004 ; Börsch-Supan, 2013).

La quatrième vague de l’enquête utilisée ici présente plusieurs innovations dont la participation de quatre nouveaux pays, l’introduction  d’un module interrogeant les relations sociales ainsi que la mise en place d’examens médicaux (Börsch-Supan, 2013).

Caractéristiques de la population

La population constitutive de l’échantillon comporte 29 877 personnes sélectionnées en raison du fait qu’elles vivent à domicile et qu’elles aient répondu aux trois questions constitutives de l’échelle de vulnérabilité (voir infra). Les répondants présents dans l’échantillon disposent toutefois de caractéristiques similaires à l’ensemble de la population des 60 ans ou plus telle que présentée dans l’enquête SHARE. Dans tous les pays, la population est principalement jeune (entre 46 % et 58 % de 60-69 ans en fonction des pays) et féminine. De la même manière, quel que soit le pays, les aménagements du logement restent minoritaires : de moins de 1 % des 60 ans ou plus (Pologne) à un peu plus de 16 % (Pays-Bas) (Tableau 3).  Les individus résident également le plus souvent dans des zones urbaines. Les modes de vie sont différenciés selon les territoires : même si la majorité des personnes étudiées vivent en maison individuelle, on constate qu’en Suisse, en Espagne et en Italie, la part des personnes en maison individuelle est équilibrée par rapport à celle des personnes en appartement et qu’en République tchèque, les personnes vivent en majorité en appartement. L’accès à la propriété est observable dans la quasi-totalité des pays, bien qu’il soit moins important en Autriche, Allemagne et Suisse. Également, si la taille de logement la plus fréquente est de trois à quatre pièces, les pays de l’Est (hors République tchèque) se caractérisent par des logements en moyenne plus petits. Des différences géographiques émergent également concernant les conditions financières avec une aisance financière plus forte dans les pays d’Europe du Nord et occidentale que dans les pays de l’Est et du Sud de l’Europe. Enfin, les variables relatives à l’entourage mettent en lumière que le nombre de confidents (les membres de la famille font partie des confidents dans l’enquête SHARE) est assez proche dans les pays du Nord et de l’Ouest avec deux ou trois confidents déclarés (sauf en Belgique) alors que les répondants des pays du Sud et de l’Est déclarent plus fréquemment n’en avoir qu’un seul, voire aucun (Tableau 3).

Tableau 3. Répartition de la population selon le pays de résidence et les caractéristiques individuelles
Champ : personnes âgées de 60 ans ou plus en 2011 vivant à domicile et ayant répondu à l’ensemble des questions relatives aux capacités de mobilité, de selfcare et de réalisation des activités quotidiennes
Source : enquête SHARE, vague 4
Encadré 2.  Création d’une échelle de vulnérabilité physique

L’indicateur de vulnérabilité physique est créé à partir de trois composantes issues du questionnaire auto-administré de la quatrième vague de l’enquête SHARE [3](encadré 1). La première composante est celle de la mobilité et repose exclusivement sur les facultés de marche sans plus de précision sur l’environnement dans lequel elles peuvent apparaître.  La seconde composante est relative au selfcare, soit la capacité à s’habiller et se laver seul. Enfin, la troisième composante, celle de l’autonomie dans les autres activités quotidiennes, laisse aux répondants une totale liberté dans la détermination de ces activités (le terme utilisé est ainsi celui « d’activités habituelles ») [4]. L’utilisation de ces questions permet de disposer pour chaque composante d’un même nombre de modalités construites sur le même modèle mais laisse néanmoins place à une certaine subjectivité dans les réponses. Ainsi, ces dernières peuvent, par exemple, être orientées à la fois sur leurs habitudes de vie : des personnes ayant été habituées à réaliser peu d’activités de la vie quotidienne peuvent toujours être en capacité de toutes les entreprendre tandis que d’autres, plus actives, pourront se montrer plus réservées si elles n’ont pas la capacité de les accomplir intégralement.

Chacune des composantes (mobilité, selfcare et réalisation des autres activités quotidiennes) a été notée entre 1 (n’avoir aucune difficulté) et 3 (être incapable de). Ces critères ont ensuite été sommés en une échelle unique de vulnérabilité dont les valeurs sont comprises entre 3 et 9 inclus [5]. Dès lors, les valeurs les plus faibles s’apparentent à une vulnérabilité faible ou inexistante tandis que les plus élevées révèlent une intensité importante du phénomène. L’étude des différentes composantes du score de vulnérabilité physique met en avant une faiblesse de l’intensité des déclarations sur l’ensemble des trois composantes prises en compte (marche, selfcare et réalisation des autres activités quotidiennes). À l’échelle agrégée, les personnes âgées de 60 ans ou plus déclarent moins souvent de difficultés vis-à-vis du selfcare et plus souvent de difficultés liées à la marche. Les femmes se disent plus en difficulté et ce, quelle que soit la composante de vulnérabilité considérée. La même observation peut être faite concernant l’âge : les 70-79 ans – et surtout les 80 ans ou plus – déclarant pour toutes les composantes avoir plus de difficultés que leurs cadets.

L’auto-questionnaire de l’enquête SHARE permet également d’aborder les questions de la douleur et de l’inconfort d’un côté, et celles de l’anxiété et de la dépression, de l’autre. Ces deux dimensions n’ont pas été retenues. Pour la première, les douleurs entraînant des difficultés sources de vulnérabilité étaient déjà prises en compte dans les trois composantes retenues. Pour la seconde, qui pourrait apporter une dimension psychologique à la mesure de la vulnérabilité, le choix a été fait de ne conserver que les indications relatives à la vulnérabilité purement physique afin d’en dégager les spécificités.

Haut de page AUTEUR

Mélanie Lepori
Membre du laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363), est doctorante en Démographie à l’Université de Strasbourg. Sa thèse s’intéresse à la question du logement des personnes âgées dans plusieurs pays européens


Haut de page ANNEXES

Annexe
Compléments

Haut de page NOTES

[1] Thèse de démographie intitulée Conditions d’habitat, entourage, politiques publiques : l’adaptation des logements des personnes âgées en Europe.
[2] La question posée dans l’enquête est la suivante : « En pensant aux douze derniers mois, quelles sont les personnes avec qui vous avez le plus souvent discuté des choses importantes pour vous ? Ces personnes peuvent être des membres de votre famille, des amis, voisins ou autres connaissances. ».
[3] Lors de cette vague d’enquête, le questionnaire auto-administré se concentrait exclusivement sur les questions de santé physique et mentale, incluant notamment des questions sur le sentiment de solitude.
[4] La question est ainsi posée de la manière suivante : « Premièrement, nous listons quelques éléments que les personnes ont utilisés pour décrire leur santé. En cochant une case dans chacun des groupes suivants, indiquez quels éléments décrivent le mieux votre propre état de santé actuellement » et les modalités suivantes étaient proposées : « 1. Je n’ai aucun problème à effectuer mes activités habituelles ; 2. J’ai quelques problèmes à effectuer mes activités habituelles ; 3. Je suis incapable de réaliser mes activités habituelles. »
[5] Alpha de Cronbach = 0,8. Ce coefficient permet de mesurer la corrélation entre les questions posées sur un même sujet. Sa valeur est comprise entre 0 et 1 et doit être supérieure à 0,7.

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Haut de page RÉFÉRENCES

Pour citer cet article :
Mélanie Lepori, « La vulnérabilité physique perçue par les personnes âgées, une comparaison européenne », Populations vulnérables, n° 3, mis en ligne le 11 avril 2018, disponible sur : populations-vulnerables.fr.
Auteur : Mélanie Lepori
Droits : populations-vulnerables.fr/menus/credits_contacts.html
ISSN : 2269-0182