Centre Georges Chevrier
UMR 7366 - CNRS-uB
Sociétés et sensibilités
Nom de la revue

La population de la France face au VIH-SIDA
Les migrants subsahariens face à la précarité résidentielle et administrative à l’arrivée en France : l’enquête ANRS Parcours
Anne Gosselin, Annabel Desgrées du Loû et Julie Pannetier
Résumé | Mots-clés | Sommaire | Texte | Auteur | Annexes | Notes | Bibliographie | Références
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RÉSUMÉ

Les personnes nées en Afrique subsaharienne constituent en France l’une des populations les plus touchées par l’hépatite B et par l’infection VIH. Pour ajuster les stratégies de santé publique aux besoins propres de ces migrants, il est nécessaire de mieux comprendre ce qui accroît leur vulnérabilité face à ces infections, en particulier les expériences de précarité qui peuvent accompagner l’installation en France. Si la précarité des migrants est souvent évoquée, celle-ci est en réalité relativement mal mesurée ; en particulier la fréquence des précarités et leur place dans la trajectoire individuelle sont mal connues.

Afin d’étudier comment les trajectoires de santé, les trajectoires sociales, familiales, migratoires et administratives s’entrecroisent et se construisent les unes par rapport aux autres parmi les Africains vivant en France, une enquête a été menée en 2012-2013 en Île-de-France, l’enquête Parcours pour « Parcours de vie, VIH et hépatite B chez les migrants subsahariens vivant en Île-de-France ». Cette enquête biographique, réalisée dans 70 services de santé, est la première en France à utiliser la méthode de collecte biographique démographique pour des recherches dans le champ de la santé, en impliquant des professionnels de santé.

Nous présentons ici la méthodologie et la collecte de l’enquête Parcours et nous discutons des leçons tirées de cette expérience d’une enquête biographique en structures de santé et auprès de migrants. Puis nous présentons comment deux types de précarité vécues en France, la précarité résidentielle et la précarité administrative, ont été caractérisées sur l’ensemble des trajectoires biographiques. Enfin nous estimons le niveau de ces précarités lors de l’arrivée en France, leur évolution au long du séjour en France et leurs déterminants.

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Mots-clés : VIH ; SIDA ; migrants ; précarité résidentielle ; précarité administrative ; enquête Parcours ; enquête en structures de santé
Index géographique : Île-de-France ; Afrique subsaharienne
Index historique : xxe-xxie siècles
SOMMAIRE

I. Introduction
II. Une enquête biographique en structures de santé en Île-de-France : retour sur expérience
1) L’enquête Parcours : une enquête biographique auprès de migrants d’Afrique subsaharienne
2) Une enquête en structure de santé pour retracer des vies de migrants : est-ce possible ?
3) Représentativité de la population enquêtée
III. Caractériser la précarité au long du parcours de vie en France
1) Indicateurs de précarité
2) Définir l’arrivée en France : la place du subjectif
3) Caractériser la précarité dans les parcours d’installation des migrants subsahariens
IV. Résultats
1) Population étudiée
2) La précarité à l’arrivée en France
3) Évolutions de la précarité au cours de la trajectoire en France
4) Les facteurs de la précarité
V. Conclusion

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I. Introduction

En France, les personnes originaires d’Afrique subsaharienne apparaissent particulièrement touchées par le VIH-SIDA : en 2012, 61 % des nouveaux diagnostics de VIH-SIDA chez les femmes et 17 % chez les hommes hétérosexuels concernaient des personnes de nationalité d’un pays d’Afrique subsaharienne (Cazein et al., 2014).

Cette situation reflète bien évidemment la situation de l’épidémie au niveau mondial : le continent africain est la région du monde la plus touchée, avec un niveau de prévalence autour de 5 % sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, alors qu’au niveau mondial la prévalence globale est estimée à 0,8 %, et en France à 0,4 % (ONUSIDA, 2012). Cependant, nous avons estimé que 49 % [IC 45 %-53 %] des migrants originaires d’Afrique subsaharienne vivant avec le VIH en Île-de-France avaient acquis l’infection à VIH en France (Desgrées du Loû et al., 2015).

Ainsi, la gravité de l’épidémie dans la population immigrée en France et originaire d’Afrique subsaharienne est due en partie à la gravité de l’épidémie dans les pays d’origine de ces migrants, mais aussi à des phénomènes de transmission et de contamination en France : les données disponibles aujourd’hui, à partir de la surveillance de l’épidémie en France et des différentes enquêtes transversales menées en population générale ou auprès de personnes vivant avec le VIH suggèrent que par rapport aux autres groupes de la population vivant en France, les migrants originaires d’Afrique subsaharienne connaissent deux types de vulnérabilités spécifiques par rapport à l’infection VIH : premièrement, le contexte social dans lequel ils vivent en France les expose au risque d’être infectés par le VIH après leur arrivée (partenaires originaires de pays fortement touchés par l’épidémie, mauvaise image du préservatif) (Lydié et al., 2007 ; Marsicano, Lydié et Bajos, 2013) ; deuxièmement, l’accès aux soins est problématique : ils peuvent être dépistés plus tardivement, en particulier ceux infectés dans leur pays d’origine, où l’accès au dépistage reste insuffisant (Delpierre, Dray-Spira et al., 2007; INVS, 2007) ; ils connaissent également plus d’échecs de traitement lorsqu’ils vivent avec le VIH, possiblement en raison de conditions de vie difficiles (Dray-Spira et al., 2007).

Cependant cette exposition au risque d’infection par le VIH en France mais aussi les difficultés de la vie avec la maladie une fois qu’on est diagnostiqué VIH ne concernent pas de la même façon toutes les personnes nées en Afrique subsaharienne : elles sont fortement liées à la précarité à laquelle sont soumis certains migrants : en particulier les difficultés de logement, les difficultés financières, administratives, l’isolement (Préau et al., 2007).

L’hépatite B, pour laquelle on dispose de moins de données de surveillance que pour le VIH, affecte aussi très lourdement cette population : une enquête menée en 2004 auprès des assurés sociaux du régime général de l’assurance maladie a permis d’estimer la prévalence de l’AgHBs (dont la persistance plus de 6 mois signe une hépatite B chronique) à 5,3 % chez les personnes nées en Afrique subsaharienne, soit huit fois plus que dans la population générale  (Meffre et al., 2007). L’hépatite B, qui peut rester asymptomatique pendant une longue période, peut conduire au décès par cirrhose et/ou carcinome hépato-cellulaire.

Comme le VIH, le virus de l’hépatite B (VHB) se transmet entre autres par voie sexuelle et de la mère à l’enfant, et a donc des implications sur la sexualité et la procréation. Les deux infections présentent une phase asymptomatique de plusieurs années, puis nécessitent des traitements à vie qui peuvent s’accompagner d’effets indésirables. Certains lieux de dépistage sont communs : CDAG [1], consultations prénatales.

Pour autant, les conséquences sociales de chaque maladie sont susceptibles d’être très différentes, le VIH  étant très stigmatisé, ce qui est moins le cas pour l’hépatite B, pour lequel il existe un vaccin.

Les conséquences administratives sur le droit au séjour diffèrent aussi entre ces deux pathologies : dans le cas du VIH, une circulaire de la Direction générale de la Santé garantit depuis 2005 pour tous les patients porteurs du VIH, quel que soit leur bilan de santé, la possibilité de séjour en France pour raison médicale. La situation est fort différente pour l’hépatite B, pathologie qui ne bénéficie pas de la même mobilisation associative, scientifique et politique que le VIH. De plus, les associations constatent que la réforme de juin 2011 qui restreint les conditions d’accès au titre de séjour pour soins se traduit par une baisse des taux d’accord pour l’ensemble des pathologies. Les refus de titre de séjour touchent en particulier les porteurs du VHB qui se trouvent dans la phase asymptomatique de la maladie (taux d’accord de seulement 39 % dans la période 2002-2012) (Comité médical pour les exilés 2012).

Pour chacune de ces deux maladies, les difficultés rencontrées, tant dans la prévention que dans la prise en charge de la maladie, dépendent étroitement de la situation sociale, qui peut varier selon les étapes de la vie, et en particulier, dans les vies marquées par une migration, selon les raisons et les conditions d’arrivée en France (Lot et al., 2004 ; Desgrées du Loû et al., 2012). Celui ou celle qui vient en France pour « tenter sa chance » avec un visa de tourisme vivra dans des conditions tout à fait différentes de celui ou celle qui arrive en France pour prendre un emploi ou rejoindre un conjoint.

Le statut administratif en France apparaît en particulier être un facteur clé : l’accès au logement et au travail, la situation sociale et économique, la possibilité de vivre avec sa famille vont être totalement différents selon que la personne a ou non la nationalité française, selon qu’elle est en situation irrégulière ou pas, selon qu’elle a un titre de séjour de trois mois ou de 10 ans. Le « parcours administratif » depuis l’arrivée en France, l’histoire des papiers et des stratégies adoptées pour obtenir un titre de séjour doivent donc être pris en compte pour comprendre aussi bien l’accès au dépistage et aux soins que la vie avec l’infection.

 Ainsi, les différents travaux menés en France en sciences sociales de la santé (surtout dans le domaine du VIH-SIDA puisque très rares sont ceux menés sur l’hépatite B) ont tous souligné, dans leurs conclusions, la nécessité d’une part de mieux comprendre l’implication des différents facteurs sociaux, économiques, culturels, familiaux et administratifs dans la vulnérabilité des migrants africains par rapport à ces pathologies en France, d’autre part de prendre en compte l’ensemble des trajectoires de vie des personnes, en particulier pour replacer le processus migratoire par rapport à l’ensemble des autres évènements qui peuvent influer sur la prévention des risques et/ou la vie avec la maladie (ANRS 2002). À ce jour les études réalisées se sont intéressées aux conditions de vie et aux comportements des personnes au moment de l’enquête, mais n’ont jamais retracé l’ensemble du parcours de vie.

Il apparaissait donc nécessaire, pour ces deux pathologies majeures que sont le VIH et l’hépatite B chronique, de s’interroger sur les conditions sociales, économiques et administratives qui augmentent le risque d’infection sexuelle dans la population née en Afrique subsaharienne et vivant en France, qui retardent l’entrée dans le système de soins et ont potentiellement un effet sur leur état de santé, et qui sont plus généralement susceptibles de compliquer la qualité de leur vie avec l’infection.

L’enquête « Parcours de vie, VIH et hépatite B chez les migrants subsahariens vivant en Île-de-France » a été construite pour répondre à cette triple interrogation, en analysant comment s’articulent les différentes trajectoires migratoires, sociales, administratives et de santé, pour comprendre comment le parcours de vie et de migration influe sur les comportements de prévention et de soins  et comment, à l’inverse, la maladie (VIH ou hépatite B) influe sur la trajectoire sociale et administrative des Africains vivant en France.

Nous présentons ici la méthodologie et la collecte de l’enquête Parcours et nous discutons des leçons tirées de cette expérience d’une enquête biographique en structures de santé et auprès de migrants. Puis nous présentons comment deux types de précarité vécues en France, la précarité résidentielle et la précarité administrative, ont été caractérisées sur l’ensemble des trajectoires biographiques. Enfin nous estimons le niveau de ces précarités vécues par les migrants subsahariens en France, qu’ils soient ou non touchés par les maladies VIH ou hépatite B, leur évolution dans la trajectoire de vie en France, et les facteurs associés à ces expériences de précarité.

II. Une enquête biographique en structures de santé en Île-de-France : retour sur expérience
1) L’enquête Parcours : une enquête biographique auprès de migrants d’Afrique subsaharienne

L’enquête a été menée de février 2012 à mai 2013 auprès de trois groupes de personnes : des personnes infectées par le VIH (quelles que soient les co-infections), des personnes ayant une hépatite B chronique (mais pas le VIH), et des personnes n’ayant aucune de ces pathologies connues, afin de  pouvoir identifier d’éventuelles spécificités propres à la maladie en général et à chacune de ces infections en particulier au regard des différents aspects étudiés. Mettre en perspective les parcours selon le type d’infection (VIH ou hépatite B) permet en effet de déterminer dans ces parcours les difficultés sociales (stigmatisation, culture du secret, isolement, etc.) ou au contraire les potentialités (accès facilité au titre de séjour, support associatif) spécifiquement engendrées par la prise en charge sociale et médicale d’une pathologie lourde.

La recherche a été menée en Île-de-France où résident 60 % des personnes originaires d’Afrique subsaharienne vivant en France (INSEE, 2012). Elle concernait les adultes de 18 à 59 ans nés dans un pays d’Afrique subsaharienne (Afrique de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe, Madagascar et les Comores) et de nationalité étrangère à la naissance, quelle que soit leur situation administrative lors de l’enquête (nationalité française, titre de séjour, sans titre de séjour) et quelle que soit leur date d’arrivée en France.

Pour les trois groupes, le recrutement a été fait dans des structures de santé pour éviter de mettre les enquêtés dans des situations de crainte ou de méfiance à propos des questions sur leur pathologie ou sur la situation administrative (respectivement services VIH, centres de références pour le suivi de l’hépatite B et consultations de médecine générale y compris les dispositifs type COMEDE/Médecins du Monde s’adressant à des populations précaires). Le cadre médical offre en effet un cadre similaire pour tous les groupes et il a l’intérêt d’être un lieu où la confidentialité est un principe déontologique majeur.

Au sein de chaque service, les médecins assurant des consultations externes au sein desquelles ils rencontraient des patients nés dans un pays d’Afrique subsaharienne ont été invités à participer à l’étude. Ce sont eux qui proposaient aux patients de participer à l’étude lors de leur consultation et recueillaient le cas échéant leur consentement écrit. Ils remplissaient un court questionnaire médical de une à deux pages pour les patients qui acceptaient de participer à l’étude et à l’issue de la consultation, ils orientaient les patients acceptant de participer à l’étude vers l’enquêteur qui réalisait l’entretien sur place, en face à face, immédiatement ou éventuellement ultérieurement sur rendez-vous, et dans une pièce fermée en toute confidentialité. Le questionnaire (strictement anonyme) était constitué d’un questionnaire CAPI articulé à une grille biographique, ce qui permettait de collecter avec qualité la succession ou concomitance des différents évènements du parcours de vie (GRAB, 1999). Il retraçait les grandes étapes de la vie de la personne dans divers domaines : santé, logement, ressources, vie professionnelle, vie affective, familiale et sexuelle, arrivée et séjour en France, réseaux d’entraide. L’entretien durait en moyenne 55 minutes.

2) Une enquête en structure de santé pour retracer des vies de migrants : est-ce possible ?

Des structures de santé plus ou moins « acculturées » à la recherche en sciences sociales

Proposer une enquête de ce type dans un cadre médical implique d’insérer un entretien d’environ une heure, mené par une personne extérieure au service (l’enquêteur), au sein du « flux tendu » des consultations médicales. Cela demande deux ressources rares dans les structures de santé : le temps (celui du médecin qui va prendre sur son temps de consultation pour proposer l’enquête ; celui du patient, qui souvent a déjà bien assez « patienté » et à qui on demande, sans qu’il en ait été prévenu auparavant, de rester une heure de plus après la consultation) ; l’espace (une pièce fermée, dans laquelle l’enquêteur doit être seul avec l’enquêté, pour garantir la confidentialité). 

L’acceptabilité même de l’enquête par les structures de santé sollicitées était incertaine. Ces structures avaient été tirées au sort au sein d’une base de sondage (l’ensemble des services hospitaliers spécialisés dans la pathologie pour les groupes VIH et hépatite B, et l’ensemble des centres de la Fédération nationale des centres de santé sur l’Île-de-France, auquel on a ajouté les permanences d’accès aux soins hospitalières (PASS), et les centres de soins de Médecins du monde et du Comité médical pour les exilés).

Le tableau 1 montre la proportion d’acceptation de l’enquête par ces structures de santé. Les services VIH sont ceux qui ont le mieux accepté l’enquête. Dans ces services les médecins ont une grande habitude de la recherche interdisciplinaire, et depuis 30 ans de lutte contre le SIDA ont été « acculturés » aux recherches en sciences sociales, la lutte contre le SIDA étant construite sur le dialogue entre médecins, chercheurs, associations de patients, et décideurs, et la recherche elle-même structurellement multidisciplinaire. C’est beaucoup moins le cas dans le domaine des hépatites, et le taux d’acceptation de l’enquête par les services spécialisés dans  les hépatites a été beaucoup moins élevé, et l’enquête plus longue à démarrer. 

Cependant, c’est avec les structures de santé généralistes que l’écart est vraiment important : dans ce troisième groupe seul un centre sur quatre a accepté de participer. Il a fallu solliciter 120 centres pour en recruter 30. Le principal élément d’explication est que la recherche fait partie explicitement des missions des professionnels de santé à l’hôpital, ce qui n’est pas le cas dans les centres de santé. Le tableau 2 montre les variations d’acceptation dans ces centres de santé selon le type de centre (ces centres ont été tirés au sort selon la proportion de migrants subsahariens résidant dans la commune). Les centres privés ou mutualistes n’ont pas accepté l’enquête, bien souvent en invoquant un manque de place.

Tableau 1. Proportion d’acceptation des structures de santé sollicitées, par groupe d’étude
Groupe VIH Groupe Hépatite B Groupe médecine générale
Type de structures sollicitées Services hospitaliers spécialisés Services hospitaliers spécialisés 1 réseau de médecins de ville COMEDE Centres de santé  PASS COMEDE CASO
Nombre de structures  sollicitées 27 26 120
Taux d’acceptation   89 % (24) 77 % (20) 25 % (30)
PASS : permanences d’accès aux soins de santé (à l’hôpital)
COMEDE : centre de soins du Comité médical pour les exilés
CASO : centre de soins de Médecins du monde
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

Tableau 2. Proportion d’acceptation des centres de médecine générale selon le type de centres
Mutualiste Privé but lucratif Associatif Municipal PASS COMEDE CASO
Nombre de centres sollicités 7 2 24 67 9
Taux d’acceptation 0 % (0) 0 % (0) 13 % (3) 31 % (21) 67 % (6)
COMEDE : centre de soins du Comité médical pour les exilés
PASS : permanences d’accès aux soins de santé (à l’hôpital)
CASO : centre de soins de Médecins du monde
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

Faisabilité d’une enquête auprès de migrants

Une question se posait : était-ce judicieux de mener une étude sur ces pathologies auprès d’une population particulière (les migrants originaires d’Afrique subsaharienne), au risque de stigmatiser cette population comme vectrice de ces maladies ?

Le problème de l’infection VIH-SIDA chez les migrants, africains en particulier, a longtemps été tu en France, bien que l’épidémie ait concerné (aussi) ces migrants dès les premiers cas diagnostiqués en France. Le souci était bien évidemment d’éviter cette possible stigmatisation. Cette position a été remise en cause dès le début des années 2000 par Didier Fassin, médecin anthropologue. Il montre qu’il est nécessaire de réfléchir sur ce lien, toujours problématique,  entre SIDA et immigration, car il ne s’agit pas de pointer des « comportements à risque »  chez les immigrés ou dans leurs sociétés d’origine mais de se donner les moyens de mettre à jour une vulnérabilité particulière, une possible inégalité entre nationaux français et immigrés au niveau de la prévention des risques sexuels ainsi qu’en termes d’accès au dépistage et à la prise en charge s’il y a infection (Fassin, 2001).

La question se posait cependant de l’acceptabilité par les personnes nées en Afrique subsaharienne d’une telle enquête en milieu médical, avec un questionnaire d’environ une heure, qui abordait des questions intimes.

Selon les groupes d’étude, le taux de participation à l’enquête par rapport aux éligibles varie de 51 % à 64 % (l’absence de participation pouvait être due au  refus du médecin, qui pouvait ne pas proposer l’enquête à son patient s’il estimait que celui-ci n’était pas en état d’y participer, au refus du patient, ou à une maîtrise insuffisante de la langue, cf. paragraphe suivant). On ne peut comparer ces chiffres car il est vraisemblable que la qualité de remplissage des registres qui permettaient de mesurer le nombre d’éligibles varie d’un groupe à l’autre (les services VIH, plus accoutumés à ce type d’enquête ont sans doute plus systématiquement collecté les informations sur les éligibles, y compris ceux à qui l’enquête n’était pas proposée, ce qui est sans doute moins le cas dans les autres groupes). Cependant ils montrent tous un taux de participation tout à fait satisfaisant par rapport à d’autres enquêtes. Le questionnaire biographique a été non seulement bien accepté mais même apprécié par les participants, comme cela est ressorti dans le retour sur l’expérience des enquêteurs.

La procédure de retour sur rendez-vous, qui avait été proposée en cas de manque de temps disponible à la fin de la consultation, a été un succès : parmi les rendez-vous pris, plus de 6 sur 10 ont été honorés par les enquêtés, et la part des entretiens menés grâce à cette procédure est importante : dans le groupe médecine générale, 41 % des entretiens ont été rendus possibles grâce à cette proposition de rendez-vous, sans laquelle nous n’aurions jamais pu atteindre l’objectif de recrutement. L’enquête sur le terrain a en effet duré 16 mois et il n’était pas envisageable de la prolonger au-delà.

Le nombre de non-participation à l’enquête pour maîtrise insuffisante de la langue sur l’ensemble des services a été de 81 sur 4 182 éligibles (30 VIH, 16 hépatite B, 35 MG), soit une proportion de non-participation à l’enquête pour problème de langue de 1,94 %. Ces refus pour problème de langue ont concerné aussi bien les hommes que les femmes, et les différentes classes d’âge. On en a rencontré plus chez les personnes sans emploi.

Tableau 3. Participation à l’enquête sur rendez-vous selon le groupe d’étude (en %)
Groupe VIH Groupe Hépatite B Groupe médecine générale
Participation à l’enquête  (parmi  l’ensemble des éligibles) 51 (n=1829) 67 (n=1168) 64 (n=1185)
Refus pour problème de langue 2 1 3
Rendez-vous honorés 60 (n=302) 67 (n=428) 70 (n=490)
Part de l’échantillon recrutée grâce à la procédure de rendez vous 17 37 41
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

Le barrage de la langue

Dans une enquête sur une population d’origine étrangère, nous avions le souci de ne pas exclure du recrutement toutes les personnes ne parlant pas le français, qui peuvent connaître des situations de vie et des obstacles spécifiques dans leur vie en France.

Pour pallier ces problèmes de langue et toucher dans l’enquête même les personnes parlant mal ou pas le français, deux procédures ont été mises en place :

  • - Une traduction en anglais du questionnaire CAPI qui pouvait être proposé en anglais par les enquêteurs IPSOS à l’aise avec cette langue. La passation en anglais a  concerné, dans les centres où elle était disponible, 0,4 % (14/3209) des éligibles et 0,7 % (14/1880) des enquêtés.
  • - Dans 12 services considérés comme  les plus concernés par les problèmes de langue (PASS, COMEDE, certains services qui le demandaient), un rendez-vous avec interprète [2] était proposé aux patients si nécessaire. Cette possibilité d’enquête avec interprète, qui impliquait que l’enquêté prenne rendez-vous et revienne dans le service pour l’entretien avec interprète, a été utilisée par 0,95 % (9/944) des éligibles dans les 12 centres où elle était disponible. Dans ces 12 centres, la proportion de personnes ayant des problèmes de compréhension du français peut être estimée à 4,8 % (22 refus pour problème de langue et 23 rendez-vous pris avec un interprète sur un total de 944 éligibles). Lorsqu’il était disponible, le système d’enquête sur rendez-vous pour assurer un interprétariat n’a donc permis de contourner l’obstacle de la langue que dans un cas sur cinq [3].

En conclusion de ce « retour sur expérience », le principal obstacle que nous avons rencontré a été l’adhésion des professionnels de santé dans les centres de santé en raison d’une moindre habitude de participation à des programmes de recherche. Les obstacles dus à la langue sont très peu nombreux, dans cette population d’origine subsaharienne, très largement francophone. L’articulation entre un questionnaire CAPI et une grille biographique papier a très bien fonctionné et l’entretien biographique a été très apprécié par les enquêtés comme par les enquêteurs. 

3) Représentativité de la population enquêtée

Afin de prendre en compte les biais de recrutement liés au plan de sondage, nous avons pondéré nos données selon la probabilité d’inclusion de chaque individu dans l’enquête. Toutes les analyses présentées par la suite sont effectuées sur données ainsi pondérées. 

Avec cette pondération, le groupe VIH que nous avons enquêté est représentatif des migrants vivant avec le VIH en Île-de-France. En effet dès qu’une personne est diagnostiquée VIH elle est suivie dans un des services hospitaliers spécialisés dans le suivi de cette infection, et notre échantillon a été construit pour être représentatif de l’ensemble des files actives de ces services. La structure par âge et sexe de notre échantillon correspond aux données existantes par ailleurs (Dray-Spira et al., 2013).

En ce qui concerne l’hépatite B, notre échantillon est représentatif des migrants vivant avec une hépatite B en Île-de-France et suivis pour cette infection, car cette maladie ouvre aussi automatiquement à un suivi en service hospitalier. L’enquête Parcours est la première à recruter un nombre aussi important de migrants subsahariens porteurs de l’hépatite B : à la différence du VIH, nous n’avons donc pas d’enquête de comparaison.

Dans le groupe enquêté en médecine générale, le groupe recruté est représentatif des migrants subsahariens qui consultent en Île-de-France dans les centres de santé proposant des consultations de médecine générale. Le mode de recrutement choisi ne permet pas de toucher les personnes qui consultent un généraliste en médecine de ville, qui sont peut-être d’une catégorie sociale plus aisée, ni les personnes qui ne consultent  jamais pour leur santé. La structure du groupe recruté est cependant proche de la structure de la population de migrants subsahariens enquêtée dans le recensement de 2010, ce qui était attendu car les centres de médecine générale que nous avons retenus correspondent aux consultations « tout venant » où tout un chacun peut se rendre pour un vaccin, un dépistage, un problème de santé bénin [4].

III. Caractériser la précarité au long du parcours de vie en France
1) Indicateurs de précarité

La précarité est habituellement définie comme l’absence d’une ou plusieurs des sécurités permettant aux personnes d’assumer leurs responsabilités élémentaires et de jouir de leurs droits fondamentaux. La précarité a donc à voir avec la satisfaction des besoins élémentaires. À ce titre nous avons retenu, afin d’étudier la fréquence et la place dans la trajectoire des expériences de précarité des migrants subsahariens en France, deux dimensions de leur trajectoire : le logement et les papiers. En effet, l’absence de logement et le fait d’être sans-papier constituent des marqueurs d’insécurité de l’existence pour les individus, entraînant des difficultés dans bien des domaines (professionnel, accès aux soins, etc.). Nous nous concentrons donc sur ces deux dimensions pour étudier la dynamique des expériences de précarité.

Précarité résidentielle

Changer fréquemment de logement signifie que l’on n’a pas de « chez-soi », que l’on dépend éventuellement de la bonne volonté d’un tiers pour l’hébergement, ou que l’on recherche des hébergements d’urgence : il semble donc bien que l’absence de logement stable soit le marqueur d’une précarité résidentielle.

Les données de l’enquête Parcours nous permettent de repérer ces périodes dans la trajectoire biographique ; en effet, l’enquêteur posait la question suivante : « Quand vous êtes arrivé(e) en France, où avez-vous habité ? Avez-vous vécu plus d’un an dans un même logement ou avez-vous changé fréquemment de logement ? » Si la personne avait changé fréquemment de logement pendant  une année, cette année était considérée comme une année  « d’instabilité résidentielle ». Ce sont ces périodes qui vont dans l’analyse être considérées comme des moments de précarité.

Précarité administrative

D’autre part, le fait ne pas avoir de titre de séjour en règle est synonyme de grande insécurité en France : en dehors de la situation d’anxiété que cela peut provoquer chez les personnes qui craignent d’être arrêtées à tout moment, cela constitue un frein fondamental pour toute installation : trouver un logement, un emploi, accéder aux soins, à la vie publique, toutes ces activités sont rendues difficiles voire impossibles en l’absence de papiers. Bien qu’un titre de séjour de courte durée puisse également être insuffisant pour effectuer certaines démarches, il n’en reste pas moins que l’absence totale de papiers signifie une précarité plus marquée. 

L’enquête Parcours a permis de reconstituer l’ensemble de la trajectoire administrative des personnes, c’est-à-dire l’ensemble des titres de séjour détenus au cours du temps. L’enquêteur posait la question suivante : « Quand vous êtes arrivé(e) en France, quel document administratif aviez-vous ? Et ensuite quel type de document avez-vous eu ? » Les périodes déclarées « sans titre de séjour » sont donc considérées dans l’analyse comme des périodes de précarité.

Dans l’analyse qui suit, ce sont ces deux indicateurs d’instabilité du logement et d’absence de titre de séjour qui signalent les expériences de précarité.

2) Définir l’arrivée en France : la place du subjectif

Puisque l’on étudie les parcours d’installation à partir de l’arrivée en France, la datation précise de cette arrivée a son importance.

Or cette donnée qui semble simple recouvre des réalités parfois complexes ; pour reprendre l’expression de Philippe Antoine et d’Éva Lelièvre, « le flou qui résulte de l’hétérogénéité grandissante des parcours individuels constitue un objet de recherche foisonnant auquel l’analyse est désormais confrontée » (Antoine et Lelièvre, 2006, p. 28).

En effet, sur l’ensemble de notre échantillon, 5 % se sont installés plusieurs fois en France. Parmi ces 5 %, on trouve soit des personnes qui sont venues une première fois en France puis sont retournées dans leur pays d’origine (56 %), soit des personnes qui ont séjourné dans un pays tiers, souvent européen, avant de revenir en France (43 %). Que va-t-on alors considérer comme l’arrivée en France, celle à partir de laquelle le processus d’installation va être étudié ?

Une partie de la réponse réside dans le recueil des perceptions des enquêté‑e‑s pour pallier ce flou de l’événement d’arrivée. En effet, au moment de considérer ce qui constitue l’arrivée en France d’une personne, on peut soit se référer à la perception de l’enquêteur soit à celle de l’enquêté‑e. En l’occurrence, le choix a été fait de recueillir la perception des enquêté‑e‑s. À un moment du questionnaire CAPI, l’enquêteur/trice posait la question suivante : « Nous allons maintenant parler de la période de votre arrivée en France. ENQ [instruction pour les enquêteurs] : Considérez ici la première arrivée en France qui compte pour elle comme une arrivée (pas comme un voyage) ». On s’appuie donc sur la perception des personnes pour remédier au flou qui peut entourer l’arrivée en France. Parmi les personnes qui se sont installées plusieurs fois, plus de la majorité d’entre elles ne désignent pas l’arrivée la plus récente comme leur date d’arrivée, mais font remonter leur installation à une première arrivée en France.

Comme des travaux antérieurs l’ont montré, en présence de flou le travail de préparation des données et de codage des catégories est marqué par la perception des chercheurs (Lelièvre et al., 2006) : en l’occurrence, en l’absence du recueil des perceptions des enquêté‑e‑s, il aurait fallu décider arbitrairement quelle arrivée en France considérer. Ainsi, plutôt que de laisser à la perception de l’enquêteur la question de savoir quand la personne est arrivée en France, on a pu intégrer la perception subjective de l’enquêté‑e dans le recueil de données.

3) Caractériser la précarité dans les parcours d’installation des migrants subsahariens

La précarité telle que nous l’avons définie plus haut peut être examinée en deux temps : premièrement au moment de l’arrivée en France, puis tout au long de la trajectoire des personnes jusqu’au moment de l’enquête. Le moment de l’installation nous intéresse en effet à plusieurs titres : moment de rupture dans la trajectoire d’une personne et de changements multiples liés à la migration (changement de pays mais aussi souvent de profession, d’entourage, etc.), c’est aussi un moment ou près d’un tiers des personnes atteintes du VIH ou de l’hépatite B apprennent leur maladie. En caractérisant la précarité au moment de cette arrivée puis tout au long de la trajectoire, nous aurons une image complète de l’expérience de précarité vécue par les migrants.

IV. Résultats
1) Population étudiée

L’enquête a permis de collecter les trajectoires de vie de 2 468 personnes nées dans différents pays d’Afrique subsaharienne, non françaises à la naissance,  et vivant en Île-de-France entre février 2012 et mai 2013. La carte 1 récapitule la répartition des individus enquêtés selon leur pays de naissance : l’Afrique subsaharienne est représentée dans son ensemble, hormis l’Afrique australe, avec une plus forte représentation des pays qui ont été des colonies françaises, à l’image des flux migratoires de l’Afrique vers la France.

La population enquêtée est diversifiée en âge, en niveau d’études (Tableau 4). Trois quarts ont été scolarisés au moins jusqu’au secondaire. Les femmes sont arrivées en France en moyenne à 27 ans et les hommes à 28 ans. Un quart est en France depuis plus de 20 ans et la moitié sont arrivés dans la dernière décennie.

Carte 1. Répartition des pays de naissance des enquêtés - Étude Parcours
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013
Tableau 4. Description de l’échantillon Parcours, par groupe d’étude et par sexe (%)
Groupe VIH Groupe Hépatite B Groupe MG Ensemble
n 353 573 559 220 356 407 1268 1200
Âge
18-34 ans 12 22 32 38 32 34 28 31
35-44 ans 32 48 38 42 28 25 32 34
45-59 ans 56 30 30 20 40 40 41 35
Âge à l’arrivée en France (moyenne) 31 29 28 27 28 26 28 27
Période d’arrivée en France
Avant 1993 32 17 19 16 28 32 27 26
1993-2002 27 36 30 26 23 22 26 27
2003-2013 41 48 51 58 49 46 48 48
Niveau d’études
Non scolarisé 15 7 21 14 17 10 18 9
Primaire 5 12 11 7 8 10 9 10
Secondaire 47 60 39 58 46 54 44 57
Supérieur 33 21 29 21 29 28 30 24
Moment du diagnostic par rapport à la migration
Avant la migration 9 10 2 3
Dans les 2 premières années 31 39 14 24
Après les 2 premières années 59 51 85 73
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

Dans les groupes VIH et hépatite B chronique, la plupart des personnes ont été diagnostiquées après la migration (87 % dans le groupe VIH et 94 % dans le groupe hépatite B), et plus d’un tiers dans les deux premières années de leur séjour en France. Ces deux premières années sont également celles pendant lesquelles les personnes s’installent en France, recherchent un logement, un travail, des papiers. Le fait d’apprendre sa maladie alors que l’on vient d’arriver peut être un élément déstabilisateur dans le parcours d’installation pour des personnes arrivées récemment et qui doivent ainsi reconfigurer leurs projets en fonction de la maladie (Desgrées du Loû et al., 2012).

2) La précarité à l’arrivée en France

Quel que soit le groupe d’étude, près d’un quart des personnes connaît une précarité résidentielle et plus de la moitié passe au moins un an sans papiers lors de l’arrivée en France (Tableau 5). Ces chiffres sont très élevés et font état d’une précarité importante au moment de l’arrivée.

La précarité résidentielle touche à peu près de la même manière l’ensemble des migrants, qu’ils soient ou non atteints du VIH ou de l’hépatite B, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Seules les femmes du groupe de médecine générale semblent touchées dans une moindre proportion (16 %), ce qui suggère en creux que les femmes séropositives pour le VIH ou atteintes d’une hépatite B connaissent une expérience de précarité résidentielle en lien avec leur état de santé.

Tableau 5. La précarité résidentielle et administrative des migrants subsahariens à l’arrivée en France
VIH (n=926) Hépatite B (n=779) Médecine générale (n=763) p-value entre groupes
Pas de logement stable à l’arrivée (%) Hommes 28 24 29 NS
Femmes 24 32 16 NS
p-value hommes/femmes NS NS ***  
Pas de titre de séjour à l’arrivée (%) Hommes 51 58 44 **
Femmes 48 43 35 ***
p-value hommes/femmes NS *** *  
*** significatif au seuil de 1 % ; ** significatif au seuil de 5 % ; * significatif au seuil de 10 % ; NS : non significatif
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

La précarité administrative est une expérience très largement partagée dans l’ensemble des groupes d’étude. On constate cependant des différences selon les catégories de population. En effet, les hommes sont plus souvent sans papiers que les femmes à leur arrivée, en tout cas dans les groupes Hépatite B et Médecine générale. Cela peut s’expliquer en partie par le fait que dans le passé les femmes ont plus souvent migré pour rejoindre un conjoint ou un membre de leur famille que les hommes, et donc plus souvent avec un titre de séjour dès leur arrivée. Il n’en reste pas moins que la part des femmes connaissant un épisode sans-papier à leur arrivée est élevé (entre 35 % et 48 % selon les groupes). De plus, les hommes du groupe hépatite B semblent avoir un profil particulièrement précaire par rapport aux autres groupes d’étude puisque 58 % d’entre eux connaissent un épisode sans papiers.

3) Évolutions de la précarité au cours de la trajectoire en France

Examinons la survenue d’épisodes de précarité résidentielle ou administrative sur l’ensemble de la trajectoire. Nous représentons les trajectoires par les figures 1 et 2 de la manière suivante : l’axe horizontal représente le temps ; l’axe vertical oppose les situations de précarité (en haut) aux situations de stabilité (en bas). Chaque flèche représente un type de trajectoire : la flèche rouge la trajectoire la plus précaire, la flèche verte la trajectoire la plus stable, et la flèche bleue une situation intermédiaire. Enfin, les années qui apparaissent sur la gauche des figures indiquent l’année médiane d’arrivée des personnes qui ont connu la trajectoire en question.

Les trajectoires résidentielles des migrants subsahariens sont dominées par la stabilité : ils sont 66 % en VIH, 72 % en Hépatite B et 67 % en Médecine générale à n’avoir connu que des logements stables depuis leur arrivée en France jusqu’au moment de l’enquête (flèche du bas). Une minorité des personnes a certes connu une instabilité résidentielle en arrivant mais a pu accéder à un logement stable par la suite (19 % en VIH, 15 % en Hépatite B et 11 % en Médecine générale) au bout de deux ans en moyenne (flèche du milieu). Enfin, le fait d’avoir toujours été dans l’instabilité résidentielle depuis l’arrivée en France concerne un pourcentage réduit de personnes (6 % en VIH, 7 % en Hépatite B et 15 % en Médecine générale) et correspond à des arrivées beaucoup plus récentes (médiane de l’année d’arrivée en 2011) (flèche du haut, plus courte). Il s’agit de personnes qui n’ont pas terminé, au jour de l’enquête, leur processus d’installation. Enfin, un petit nombre de personnes connaît des trajectoires plus complexes, appelées ici « allers-retours» entre la stabilité et l’instabilité (pointillés).

De manière générale, si un quart des personnes n’a pas de logement stable à l’arrivée en France, la plupart trouve ensuite un logement au bout de deux ans. La précarité résidentielle se concentre donc, pour tous les groupes d’étude, au moment de l’arrivée et des années d’installation en France.

Pour examiner en dynamique la trajectoire administrative, la précarité est comprise en un sens un peu plus large que précédemment, puisqu’on considère comme précarité le fait de ne pas avoir de papiers ou d’avoir un titre de séjour de moins d’un an, ce qui correspond à des personnes qui ont déposé une demande de titre de séjour en préfecture et ont reçu un récépissé de cette demande (document qui leur permet d’être sur le territoire mais pas forcément de travailler). Ce titre de séjour doit être renouvelé très fréquemment. En effet, s’il est intéressant de savoir combien de personnes n’ont pas de papier du tout à l’arrivée, lorsqu’on s’intéresse au processus d’installation,  il est plus intéressant de considérer l’accès à un titre de séjour qui permet une certaine stabilité (ici titre de séjour d’un an ou plus).

Figure 1. Les trajectoires résidentielles, par groupe d’étude
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013
Figure 2. Les trajectoires administratives, par groupe d’étude
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

On voit qu’à la différence de la grande stabilité que l’on observait dans le domaine du logement, très peu de personnes ont toujours eu un titre de séjour de plus d’un an en France (18 % en VIH, 16 % en Hépatite B et 23 % en médecine générale) (flèche du bas). En revanche, une majeure partie des personnes passe d’un état « sans-papier » ou « titre de séjour de moins d’un an » à un titre de séjour de plus d’un an (flèche du milieu). Enfin, une proportion non négligeable des personnes reste en situation de précarité administrative : soit « sans-papier » soit avec un titre de séjour de moins d’un an, qui doit par conséquent être renouvelé très fréquemment (18 % en VIH, 32 % en Hépatite B, 31% en Médecine générale) (flèche du haut).

Le fait d’avoir ou non des papiers conditionne en grande partie en France l’accès à un logement personnel et à une activité salariée déclarée. Une majorité des personnes de l’échantillon, quel que soit le groupe, commence son séjour en France dans l’irrégularité administrative. Or ces personnes en irrégularité déclarent en majorité avoir un logement stable. On décrit donc ici la réalité paradoxale d’une partie des migrants subsahariens en France : bien qu’engagés dans un processus d’installation qui comprend un logement stable, les personnes sont pour la moitié d’entre elles en situation irrégulière à leur arrivée.

Cette position ambivalente correspond à une réalité que certains auteurs décrivent comme la situation des « sans-papiers » : « En réalité, ce qui fait appel d’air auprès des candidats à l’immigration irrégulière, c’est l’assurance de trouver très rapidement un emploi rémunéré dans le secteur illégal. En règle générale, ils savent que leur salaire sera inférieur à celui des nationaux et des étrangers en situation régulière; ils savent également que leurs conditions de vie et de travail seront rudes, mais ils ont la certitude que, peu de temps après leur arrivée, ils seront recrutés et payés, et c’est cette certitude qui est décisive » (Terray, 1999, p. 33).

Un deuxième trait saillant de l’analyse descriptive est la proportion importante de personnes du groupe VIH qui passe directement de la précarité administrative à la possession d’un titre de séjour de plus d’un an : 62 % contre 45 % et 44 % en Hépatite B et médecine générale respectivement (Figure 2). Ce que l’on saisit ici dans les chiffres, c’est l’impact de la régularisation pour soins dans le cas de personnes séropositives pour le VIH.

4) Les facteurs de la précarité

Afin de mieux comprendre la survenue de la précarité résidentielle et administrative, nous nous intéressons à présent aux facteurs qui peuvent être associés au fait de connaître un type de trajectoire plutôt qu’un autre. Nous comparons ainsi la répartition des variables sociodémographiques et des variables décrivant les conditions d’arrivée en France selon le type de trajectoire qu’ont connu les individus.

La précarité résidentielle étant concentrée à l’arrivée en France, nous comparons les personnes qui ont connu une précarité résidentielle à l’arrivée avec celles qui n’en ont jamais connu, excluant de l’analyse les personnes aux trajectoires plus complexes (Tableau 6). La comparaison est effectuée sur une série de variables qui concernent les conditions d’arrivée en France : période d’arrivée, âge et niveau d’études, réseau en France.

Les variables qui décrivent les conditions d’arrivée jouent dans le même sens pour tous les groupes. Les personnes qui connaissent une précarité résidentielle à l’arrivée sont arrivées plus récemment. Cela peut provenir du délai nécessaire à l’installation ; une autre explication possible est que le durcissement des conditions d’accueil des migrants en France depuis les années 2000 aboutirait à une instabilité résidentielle plus importante (liée à d’autres précarités : papiers, travail etc.). L’âge à l’arrivée a un certain impact : on trouve plus de personnes arrivées plus âgées (à 28 ans et plus) parmi les personnes qui ont connu une précarité résidentielle à l’arrivée. Par ailleurs, alors que le niveau d’éducation ne ressort pas comme déterminant, la qualité du réseau en France, notamment le fait de connaître ou non de la famille, joue un rôle important.

On voit donc que de manière générale, la période d’arrivée et les circonstances de l’arrivée sont déterminantes, et ce quel que soit le groupe d’étude et le sexe.

Afin de mieux comprendre qui sont les personnes jamais sorties de la précarité administrative depuis leur arrivée en France (Figure 2), nous comparons ces personnes à celles qui connaissent la trajectoire opposée, à savoir avoir toujours eu un titre de séjour stable (Tableau 6).

Les personnes qui ont toujours été « sans-papier » en France sont plus nombreuses à être arrivées après 2004 ; cela peut être un effet de structure, les personnes arrivées récemment ayant eu moins de temps pour accéder à des papiers. Mais on sait que les conditions de régularisation ont été durcies depuis le début des années 2000 et cette réalité juridique apparaît ici reflétée dans nos données. D’autre part, on voit distinctement que pour le groupe VIH, la proportion de personnes régularisées pour raison de soins s’élève à 24 % (avec un effet significatif) parmi les personnes qui ont toujours eu un titre de séjour long alors que cette variable n’a pas d’effet dans les autres groupes d’étude. La spécificité des trajectoires administratives des personnes atteintes du VIH-SIDA apparaît ainsi clairement : plus rapidement régularisées en raison de l’octroi du titre de séjour dit « pour soins », ces personnes connaissent moins la précarité administrative dans la durée. Cependant, il faudrait investiguer dans quelle mesure cet accès plus rapide à un titre séjour temporaire n’entraîne pas une situation de « blocage dans le temporaire », dans laquelle les personnes auraient des difficultés à accéder à un titre de séjour long.

Tableau 6. Comparaison des trajectoires des personnes avec instabilité résidentielle à l’arrivée vs celles qui n’ont jamais connu d’instabilité résidentielle, par groupe et par sexe, en % (n=2 284)
VIH (n=829) Hépatite B (n=737) Médecine générale (n=718)
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p
Période d’arrivée
Jusqu’en 1995 30 39 * 11 27 *** 10 28 *** 12 24 NS 18 39 * 20 42 ***
1996-2004 32 37 45 46 35 38 30 32 23 29 17 30
2005-2013 37 24 44 27 56 34 58 44 59 33 63 28
Âge à l’arrivée
1-17 3 4 NS 0 10 *** 3 8 ** 3 17 *** 7 16 NS 5 18 **
18-27 27 38 34 38 36 45 35 43 39 41 41 45
28+ 71 58 65 52 60 47 62 40 53 43 54 37
Niveau d’études à l’arrivée
Arrivées avant 6 ans 1 0 *** 0 1 NS 0 1 NS 0 5 NS 0 1 NS 0 3 NS
Aucun 5 21 6 8 28 26 11 16 17 20 11 11
Primaire 10 9 14 19 13 13 16 11 12 15 23 13
Secondaire 55 42 66 56 38 38 47 55 58 42 47 58
Supérieur 29 27 14 17 21 23 27 13 13 22 18 15
Réseau en France
Connaît conjoint 4 6 * 14 17 *** 1 4 *** 22 28 *** 2 6 *** 15 36 ***
Connaît famille 44 62 40 60 33 70 30 56 27 69 31 52
Connaît amis 37 23 30 12 19 15 24 6 23 15 14 8
Ne connaît personne 15 9 17 10 46 10 34 10 47 10 40 4
* T1=avoir connu une instabilité résidentielle à l’arrivée en France / T2=n’avoir jamais connu d’instabilité résidentielle en France / *** significatif au seuil de 1 % ; ** significatif au seuil de 5 % ; * significatif au seuil de 10 % ; NS : non significatif
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013

Tableau 7. Comparaison des trajectoires des personnes qui sont « sans-papier » depuis l’arrivée en France vs celles qui ont toujours eu un titre de séjour d’un an et plus (n=875)
VIH (n=231) Hépatite B (n=281) Médecine générale (n=363)
Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes
T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p T1 T2 p
Période d’arrivée
jusqu’en 1995 0 56 *** 2 40 *** 0 33 *** 0 41 *** 6 48 *** 7 42 ***
1996-2004 22 23 16 42 26 33 9 35 16 18 4 27
2005-2013 78 21 82 19 74 34 91 23 78 34 89 31
Âge à l’arrivée
0-17 0 13 *** 0 14 *** 3 25 *** 0 34 *** 1 33 *** 7 33 ***
18-27 10 40 14 43 33 38 40 47 31 37 37 45
28+ 90 47 86 43 63 37 60 20 68 30 54 24
Niveau d’études à l’arrivée
Arrivées avant 6 ans 0 3 NS 0 2 NS 0 3 *** 0 13 * 0 4 ** 5 3 NS
Aucun 24 10 1 6 28 10 28 13 23 6 8 12
Primaire 9 13 10 19 17 19 17 8 21 14 17 16
Secondaire 39 36 61 53 45 26 48 51 42 52 51 53
Supérieur 27 38 28 20 11 42 8 15 13 25 19 15
Réseau en France
Connaît conjoint 3 9 NS 6 22 *** 2 6 ** 21 45 *** 3 2 *** 6 32 ***
Connaît famille (hors conjoint) 31 55 57 54 26 70 37 49 38 81 54 56
Connaît amis seulement 37 23 30 5 18 16 24 0 33 6 19 8
Ne connaît personne 28 12 7 20 24 7 18 6 26 11 21 4
A obtenu un titre de séjour pour soins
Oui 0 24 *** 3 20 *** 6 8 NS 6 3 NS 0 2 NS 0 0 NS
Non 100 76 97 80 94 92 94 97 100 98 100 100
* T1=être « sans-papier » depuis l’arrivée en France / T2=avoir toujours eu un titre de séjour d’un an ou plus en France / *** significatif au seuil de 1 % ; ** significatif au seuil de 5 % ; * significatif au seuil de 10 % ; NS : non significatif
Source : enquête ANRS Parcours 2012-2013
V. Conclusion

Les premiers résultats de l’exploration des trajectoires de migrants subsahariens de l’enquête Parcours apportent des éléments originaux qui viennent notamment de la nature biographique des données recueillies : les parcours de migrants sont remarquablement similaires entre les groupes VIH, Hépatite B et Médecine générale, et entre les femmes et les hommes. Ces parcours sont marqués par des précarités résidentielle et administrative importantes lors de l’arrivée en France, la précarité administrative se prolongeant dans la durée pour une proportion non négligeable de personnes. La période d’arrivée et ses circonstances jouent un rôle important dans l’occurrence d’événements de précarité résidentielle ou de précarité administrative au cours de la trajectoire.

Parmi les personnes atteintes du VIH-SIDA ou d’hépatite B chronique, ce moment d’installation en France est aussi souvent le moment du diagnostic. La principale spécificité observée dans ces trajectoires de migrants est l’accès plus rapide à un titre de séjour dans le groupe VIH, effet de la régularisation pour soins obtenue plus facilement pour la pathologie VIH que pour les autres pathologies.

Le groupe Parcours est composé de A. Desgrées du Loû, F. Lert, R. Dray Spira, N. Bajos, N. Lydié (responsables scientifiques), J. Pannetier, A. Ravalihasy, A. Gosselin, E. Rodary, D. Pourette, J. Situ, P. Revault, P. Sogni, J. Gelly, Y. Le Strat, N. Razafindratsima.


Remerciements

Les auteures remercient toutes les personnes qui ont accepté de participer à l’enquête ANRS-Parcours.

Nous remercions également les associations qui ont apporté leur soutien à l’étude, notamment SOS Hépatites (Michelle Cizorne), le COMEDE (Pascal Revault, Arnaud Veïsse, Laurence Wolmark), le RAAC-SIDA (réseau des associations africaines et caribéennes de lutte contre le SIDA) et le FORIM (Jean-Charles Ahomadegbe, Khady Sakho).

Nos remerciements vont par ailleurs à Éva Lelièvre (INED) pour sa relecture d’une version antérieure de ce papier, à Géraldine Vivier (INED) et Anne Gervais (AP-HP) pour leur contribution à la préparation des questionnaires, ainsi qu’à Agnès Guillaume (IRD) pour la communication sur l’enquête. Le recueil des données a été assuré par les sociétés ClinSearch et Ipsos.

L’enquête Parcours a été financée par l’Agence nationale de recherche contre le SIDA et les hépatites virales (ANRS), avec le soutien de la Direction générale de la Santé.

Haut de page AUTEUR

Anne Gosselin
CEPED

Annabel Desgrées du Loû
Directrice de recherche
IRD, CEPED-UMR 196

Julie Pannetier
CEPED


Haut de page ANNEXES


Haut de page NOTES

[1] Centre de dépistage anonyme et gratuit.
[2] La société Inter service migrants (ISM) a été sollicitée pour envoyer des interprètes pour assister l’enquêteur et les interprètes ont été formés au questionnaire.
[3] 23 rendez vous avec interprète ont été fixés et 9 seulement ont été honorés par les enquêtés. Dans 14 cas l’interprète s’est donc déplacé sans succès.
[4] Les différences entre le groupe Médecine générale de  Parcours et  le recensement  2010 sont les suivantes : plus de résidents des départements 93 et 94 et moins des départements 75 et 92, plus de femmes (56,5 % de femmes dans Parcours vs 50,3 % de femmes dans le recensement pour les mêmes départements Paris-Petite couronne), une population légèrement plus âgée dans Parcours  que dans le recensement (25,5 % de plus de 50 ans dans Parcours vs 20 % dans le recensement).

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Pour citer cet article :
Anne Gosselin, Annabel Desgrées du Loû et Julie Pannetier, « Les migrants subsahariens face à la précarité résidentielle et administrative à l’arrivée en France : l’enquête ANRS Parcours », Populations vulnérables, n° 2, mis en ligne le 1er juillet 2017, disponible sur : populations-vulnerables.fr.
Auteur : Anne Gosselin, Annabel Desgrées du Loû et Julie Pannetier
Droits : populations-vulnerables.fr/menus/credits_contacts.html
ISSN : 2269-0182