LIR3S - UMR 7366 - Populations vulnérables
Laboratoire Interdisciplinaire
de Recherche
"Sociétés, Sensibilités, Soin"
UMR 7366 CNRS-uB
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La revue publie un numéro thématique par an.
La rédaction définit le thème de l'année suivante et diffuse ici l’appel à contributions.

Après le lancement de l’appel à contributions, les propositions d’articles (1 à 2 pages avec la problématique, la méthodologie et le plan de l’article) sont à envoyer aux deux coordinateurs, qui se prononcent dans un délai d'un mois.

Suite à la sélection des propositions d’articles, les textes reçus sont évalués par deux experts au moins (un externe et un interne au comité de rédaction), dans un délai d’environ deux mois. Le comité de rédaction se réunit deux fois par an pour  discuter des évaluations et rendre sa décision. Les rapports d’expertise sont communiqués aux auteurs.

Contact : Virginie Dejoux
virginie[dot]dejoux[at]u-bourgogne[dot]fr

À partir de l’année 2022, la revue sera publiée sur la plateforme OpenEdition.


Appel à contributions pour le n° 9 (parution au 1er semestre 2023)

Les violences envers les populations vulnérables : des réciprocités complexes

Numéro coordonné par :
Elizabeth Brown et Claire Scodellaro, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et INED

Les liens complexes entre violences et vulnérabilités ont, de longue date et à travers le monde, constitué une préoccupation récurrente pour les sociologues, les psychologues, les médecins, les juristes, etc., mais les données chiffrées manquaient, notamment concernant les violences, pour rendre compte de l’ampleur du phénomène en population générale. Dans le dernier quart de siècle, suite à la conférence mondiale sur les femmes qui s’est tenue à Pékin en 1996, de nombreux pays ont effectué des enquêtes quantitatives détaillées [1], qui viennent appuyer les analyses qualitatives concernant les violences interpersonnelles autant que la violence institutionnelle et permettent aux acteurs sociaux et aux instances politiques d’élaborer des plans nationaux et des dispositifs de lutte contre les violences et de protection des victimes avérées ou potentielles. Parallèlement, l’analyse des rapports de domination et des discriminations sociales, raciales et politiques s’est développée, complétant les études de la pauvreté économique et celles du handicap et des déficiences de santé, pour permettre de tracer assez précisément les contours de populations vulnérables où les violences, notamment interpersonnelles, sont particulièrement prégnantes. Ce numéro de la revue Populations vulnérables réunira des articles analysant différents aspects des interactions entre violences et vulnérabilités et tendant à en mesurer l’impact à différents niveaux, tant local que national (sans se limiter à la France).

Une première approche peut illustrer la notion de vulnérabilité comme produit de rapports de domination sociale qui se traduisent au plan individuel par une difficulté à se défendre et à être défendu·e, une remise en cause de la parole, une minimisation des violences subies. Il s’agit ici d’étudier les violences envers des sous-populations soumises à des rapports de domination défavorables liés à l’âge (enfants, e.g., Charruault et al., 2020 ; personnes âgées) ; à l’état de santé physique ou psychique (maladie grave ou chronique, situation de handicap) ; à la situation administrative (« sans papier »), résidentielle (« sans abri, sans domicile ») ; à la privation légale de liberté (personnes en prison, en centre de rétention administrative, hospitalisées sans leur consentement) ; à l’identification minoritaire (LGBT, e.g., Trachman et Lejbowicz, 2020 ; personnes racisées).

Les articles pourront renseigner les différentes formes de violence et leur fréquence, interroger l’existence de formes spécifiques de violence générées par la situation de vulnérabilité (par ex., durée plus longue des situations de violence) ou par la position à l’intersection de plusieurs rapports de domination ou de contextes de vulnérabilité (par ex., personnes trans en prison, femmes en situation de handicap). Une attention pourra être portée au vocabulaire utilisé par les différents acteurs pour qualifier les situations (« violences de genre », « maltraitances institutionnelles », etc.)

Une deuxième approche consiste à considérer la vulnérabilité comme la possibilité d’être blessé·e, atteint·e dans son intégrité. La vulnérabilité est alors en lien direct avec les violences subies ; elle en est une conséquence à court et à long terme, ou s’en trouve renforcée quand elle  préexistait : c’est le cas d’une partie des enfants  placés par l’ASE notamment en raison de violences subies dans la famille et sur-représentés parmi les adultes sans domicile (Fréchon et Marpsat, 2016) ; des femmes victimes de violences conjugales qui perdent leur logement et subissent de nouvelles violences quand elles sont sans domicile (Loison-Leruste et Perrier, 2019), ou des femmes séparées suite à des violences conjugales et qui y sont de nouveau exposées dans une union ultérieure (Brown, Dupuis et Mazuy, 2020) ; des femmes migrantes qui ont fui des violences dans le pays d’origine et en subissent de nouvelles en France où elles vivent dans des situations de forte précarité (Andro et al., 2019). Plutôt qu’à une causalité univoque, on a sans doute ici affaire à des relations dynamiques entre vulnérabilité sociale et exposition aux violences.

La vulnérabilité ne signifie cependant pas une incapacité totale à se défendre, comme l’a montré le cas des femmes exposées à des violences conjugales (Jaspard et al., 2003). Les articles pourront étudier les ressources et résistances individuelles, collectives (associations, mobilisations collectives via twitter, etc.), institutionnelles (dépôt de plainte, saisine du défenseur des droits ou de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté) et mettre en évidence les trajectoires de sortie des situations de violence et de vulnérabilité qui y sont liées.

Certains articles pourront aborder les lacunes qui subsistent dans les données malgré l’existence d’enquêtes dédiées et ambitieuses, et les enjeux  méthodologiques : comment enquêter sur un sujet sensible sans mettre en danger l’enquêté·e ? ; comment atteindre les populations en institution ou ayant des difficultés pour répondre à un questionnaire ? ; peut-on généraliser  des résultats obtenus auprès d’échantillons de convenance, ou à partir du questionnement rétrospectif  d’une population ayant survécu aux violences et à leurs conséquences ?

Les approches qualitatives sont les bienvenues mais les articles fondés sur des données quantitatives devront être privilégiés dans la mesure du possible. Les travaux peuvent être nationaux ou internationaux.   

[1] Pour ne citer que les principales et les plus récentes réalisées en France : Enquête nationale sur les violences envers les femmes (Cridup, 2000), Baromètre Santé (2000), Contexte de la sexualité en France (Ined, Insee, 2006) Événements de vie et Santé (Drees, 2006), Escapad (OFDT), Conditions de vie et sécurité (Insee et ONDRP, annuelle), Enquête Violences et rapports de genre (Ined, 2015).

 

Andro A, Scodellaro C, Eberhard M, Gelly M et l’équipe Dsafhir (2019), « Parcours migratoire, violences déclarées et santé perçue des femmes migrantes hébergées en hôtel en Île-de-France. Enquête Dsafhir », Bull Epidémiol Hebd., n° 17-18, p. 334-341.

Brown E., Dupuis J. et Mazuy M. (2020), « Parcours conjugaux, violences conjugales et différences de genre », in Brown E. et al. (dir.), Violences et rapports de genre. Enquête sur les violences de genre en France, Paris, INED, p. 149-181.

Charruault Amélie, Grunvald Sylvie et Scodellaro C. (2020), « Les violences sur mineur.e.s dans la famille et son entourage », in Brown E. et al. (dir.), Violences et rapports de genre. Enquête sur les violences de genre en France, Paris, INED, p. 149-181.

Fréchon I. et Marpsat M. (2016), « Placement dans l’enfance et précarité de la situation de logement », Économie et Statistiques, n°488-489, p. 37-68.

Jaspard M., Brown E., et al. (2003), Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale, Paris, La Documentation française, 370 p.

Loison-Leruste M. et Perrier G. (2019), « Les trajectoires des femmes sans domicile à travers le prisme du genre : entre vulnérabilité et protection », Déviance et Société, vol. 42, n° 1, p. 77-110.

Trachman M. et Lejbowicz T. (2020), « Lesbiennes, gays, bisexuel.le.s et trans (LGBT) : une catégorie hétérogène, des violences spécifiques », in Brown E. et al. (dir.), Violences et rapports de genre. Enquête sur les violences de genre en France, Paris, INED, p. 355-390.

 

Remise des propositions d’articles à envoyer à virginie.dejoux@u-bourgogne.fr pour le 15 janvier 2022 (1 à 2 pages avec la problématique, la méthodologie et le plan de l’article).

Remise des articles définitifs pour le 1er avril 2022.

Les textes devront parvenir en langue française et feront l’objet d’une évaluation par les pairs.